Commissariats mitraillés, bus incendiés - Les gangs sèment la terreur à Rio

Un bébé et sa mère ont été photographiés hier devant un autocar calciné dans la ville brésilienne de Rio de Janeiro, où dix-huit personnes sont mortes dans une série d’attaques sanglantes lancées à l’aube par le crime organisé contre des
Photo: Agence Reuters Un bébé et sa mère ont été photographiés hier devant un autocar calciné dans la ville brésilienne de Rio de Janeiro, où dix-huit personnes sont mortes dans une série d’attaques sanglantes lancées à l’aube par le crime organisé contre des

São Paulo — Une douzaine d'attentats a fait au moins 18 morts et 22 blessés hier à Rio de Janeiro. Dans la nuit, des hommes fortement armés ont mitraillé cinq commissariats, notamment dans des quartiers aisés, et des voitures de police. Les autorités ont confirmé la mort de deux policiers, précisant que huit autres ont été blessés. Parmi les civils, deux sont morts atteints par des balles perdues dans les échanges de tirs entre les truands et les forces de l'ordre et sept autres ont péri carbonisés dans un des sept autobus incendiés par les criminels. La police a arrêté trois suspects et en a tué sept autres. Elle a par ailleurs renforcé le dispositif de sécurité dans la ville, où plus d'un demi-million de touristes, notamment étrangers, sont attendus pour le réveillon du jour de l'An.

Ces violences ne sont pas sans rappeler celles commanditées, il y a six mois, par une organisation criminelle dans l'État de São Paulo. Roberto Precioso, secrétaire à la Sécurité publique de l'État de Rio, a laissé entendre que l'ordre en a été donné depuis les prisons. Il estime en effet que «le motif principal» de ces attaques est la crainte chez les détenus d'un changement de la politique pénitentiaire avec l'entrée en fonction, le 1er janvier, d'un nouveau gouverneur. Les violences viseraient donc à «faire pression pour négocier des privilèges avec la nouvelle administration et éviter l'adoption d'un régime disciplinaire plus dur».

Un de ses collègues de l'administration pénitentiaire, Astério Pereira dos Santos, affirme quant à lui que ces attentats sont plutôt une riposte des trafiquants de drogue contre leur expulsion des favelas (bidonvilles) par les milices de paramilitaires. Formées de policiers et d'ex-policiers, de militaires, de pompiers et d'agents pénitentiaires, ces milices envahissent une favela tous les 12 jours et en contrôlent déjà 92 sur les quelque 800 que compte la ville, selon un rapport de la mairie de Rio. Leur objectif est de chasser les gangs de narcotrafiquants, qui contrôlent une bonne partie des bidonvilles, et de «protéger» la population en échange d'une somme à verser tous les mois. Ces groupes de paramilitaires (qui ont tenté aussi, mais en vain, d'offrir leurs services dans des quartiers riches) se livrent également au racket sur la vente des bonbonnes de gaz ou les transactions immobilières.

«Moindre mal»

Selon le rapport, leur expansion n'aurait pas été possible sans l'appui de la police elle-même, d'élus et des habitants des favelas. «Ces derniers ne veulent pas de la guerre que se livrent les gangs de trafiquants ni que leurs fils les rejoignent, et, pour eux, les milices sont donc un moindre mal», explique Mário Sérgio Duarte, commandant du bataillon des opérations spéciales de la police. Mais cela montre surtout l'incapacité des autorités à affronter réellement la criminalité organisée, comme le souligne l'inspectrice de police et députée Marina Maggessi: «Si une demi-douzaine de miliciens parviennent à expulser le narcotrafic des favelas et à s'y installer, l'État fait vraiment figure d'idiot.»