Lutte contre les gangs spécialisés dans les enlèvements à Haïti - Une opération de l'ONU à Cité-Soleil fait de nombreuses victimes

Des équipes médicales se sont rendues dans le bidonville pour y soigner les blessés.
Photo: Agence Reuters Des équipes médicales se sont rendues dans le bidonville pour y soigner les blessés.

Port-au-Prince — Une opération conjointe de Casques bleus et de la police haïtienne a été menée hier dans le bidonville de Cité Soleil à Port-au-Prince et des affrontements auraient fait au moins une dizaine de morts et plusieurs dizaines de blessés, selon des sources concordantes.

«Il s'agissait pour l'ONU de rouvrir une route qui était sous le contrôle de gangs dans le quartier Bois-Neuf, dans le bidonville de Cité Soleil», a expliqué la porte-parole de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah), Sophie Boutaud de la Combe.

Les gangs utilisaient ce quartier pour y séquestrer des personnes enlevées à des fins de rançon. Depuis plusieurs semaines, la pratique des enlèvements a redoublé à Port-au-Prince et, fait nouveau, vise de plus en plus des enfants.

L'opération conjointe de l'ONU et de la police haïtienne a débuté à l'aube et s'est achevée en milieu de journée. La porte-parole s'est refusée à évoquer un bilan, indiquant qu'il était en cours d'évaluation. Il n'y a pas de victimes du côté de la Minustah, a-t-elle dit.

Tirs

Le bidonville de Cité Soleil, contrôlé en partie par des gangs, compte quelque 300 000 habitants.

Selon plusieurs témoignages obtenus par l'AFP, plusieurs victimes ont été acheminées dans des hôpitaux tenus par l'organisation Médecins sans frontières. Dans la matinée, des tirs étaient entendus en provenance du bidonville, survolé par des hélicoptères de l'ONU.

Dans l'hôpital Sainte-Catherine, se trouvant à Cité Soleil, un mort et 30 blessés par balles ont été admis, souvent amenés par des familles ou des amis, a indiqué un médecin sous le couvert de l'anonymat.

Un char des Casques bleus aurait été incendié lors des affrontements, selon une source onusienne.

«C'est un Noël triste pour les enfants. Beaucoup d'écoles ont dû fermer en raison de l'insécurité et des enlèvements», a déclaré hier le président haïtien René Préval, sans commenter l'opération à Cité Soleil. «Je vais vous donner des jouets, mais le plus beau cadeau que je peux vous promettre est que les enlèvements vont prendre fin et qu'on pourra fêter Noël dans d'autres conditions l'année prochaine», a-t-il dit lors d'une cérémonie au Palais présidentiel devant plusieurs centaines d'enfants.

Jeudi, le représentant spécial de l'ONU en Haïti, le Guatémaltèque Edmond Mulet, avait exprimé son indignation devant l'enlèvement en série ces derniers jours d'écoliers par des inconnus à Port-au-Prince à des fins de rançon. «Je suis révolté par les assassinats récents des victimes de kidnapping et la vague d'enlèvements d'enfants», avait déclaré le diplomate.

Écoliers enlevés

Il avait précisé avoir obtenu le «feu vert» du gouvernement haïtien pour intervenir avec la police haïtienne dans des quartiers chauds de Port-au-Prince aux mains de groupes armés.

La plupart des personnes enlevées cette année en Haïti ont raconté par la suite avoir été séquestrées à Cité Soleil.

Plus d'une trentaine d'écoliers ont été enlevés ces derniers jours en Haïti, forçant les autorités à fermer les écoles. La plupart ont été libérés. Près de soixante passagers de deux autobus ont aussi été enlevés en début de semaine et conduits à Cité Soleil. Certains ont été libérés depuis.

Depuis début décembre, les conditions de sécurité ont connu en Haïti une brutale dégradation qui a poussé la Minustah, qui compte 7200 militaires et 1900 policiers internationaux, à lancer une opération baptisée «Crime majeur» pour contrecarrer les enlèvements à des fins de rançon.

Ce fléau représente un frein au développement des activités économiques et à l'arrivée d'investisseurs en Haïti. Ce pays de huit millions d'habitants, le plus pauvre du continent américain, commence à peine à renouer avec la stabilité politique après vingt ans de crises et de coups d'État sanglants.