Des liens sanglants avec les milices paramilitaires d'extrême-droite - Des parlementaires colombiens fuient la justice

Bogotá — Trois parlementaires colombiens, rattrapés par les révélations sur leurs liens sanglants avec les milices paramilitaires d'extrême-droite, fuient depuis jeudi la justice de leur pays. Les sénateurs Alvaro Garcia et Jairo Merlano et le député Eric Morris sont accusés d'avoir participé à la création de ces escadrons de la mort, fédérés au sein des Autodéfenses unies de Colombie (AUC). Ils auraient aidé ces milices anti-guérilla, intimement liées à la mafia de la drogue, à assurer leur emprise sur une région de la côte colombienne des Caraïbes, le Sucre.

Les Colombiens soupçonnaient depuis longtemps leur parlement d'être gangrené par les AUC: en 2002, le chef des milices lui-même s'était vanté de contrôler un tiers des législateurs. Dans le Sucre, le groupe des hommes politiques aujourd'hui poursuivi a fait appel à eux dès 1997 pour financer ses campagnes et truquer les élections. «Il y a 10 millions de pesos [4370 $CAN] pour que vous fassiez un travail tout de suite», glisse, selon un témoin direct, le sénateur Alvaro Garcia à un paramilitaire, après une journée électorale, pour qu'il abatte une scrutatrice d'un bureau de vote trop honnête. Garcia, vieux baron de la politique locale, aurait coordonné plus tard avec de grands propriétaires terriens le massacre de 12 paysans dans un hameau.

La terreur porte vite ses fruits: à San Onofre, par exemple, fief d'un chef «narco-paramilitaire», personne n'ose se présenter face au candidat de la mafia en 2002. En retour, les élus ont versé consciencieusement leur dîme aux AUC. «Nous allons prélever 10 % sur les marchés publics», explique un chef milicien sur un enregistrement qui est entre les mains de la justice. L'infanterie de marine avait bien découvert dès 2001 des preuves de ces relations incestueuses, mais les enquêteurs avaient été assassinés. Et quand un maire, Tito Díaz, ose dénoncer publiquement ces rouages mafieux devant le président colombien, Alvaro Uribe, c'est en pure perte: lui aussi sera abattu alors qui se rend à un rendez-vous avec la police locale.

Le dernier scandale en date montre l'étendue du pouvoir des AUC, qui ont pourtant officiellement démobilisé la totalité de leurs troupes. Selon des enregistrements datant de janvier, les troupes du chef paramilitaire et narco-trafiquant Rodrigo Tovar, alias «Jorge 40», imposent toujours leur dîme sur les contrats de la moitié de la côte caraïbe. «On travaille de façon agréable, les entreprises sont heureuses», assure un milicien. La justice n'a toujours pas tranché dans une autre affaire, qui montre que ce même «Jorge 40» a étendu ses tentacules jusque dans les services secrets. Le sénateur Garcia, surnommé El Gordo (le gros), ne serait que la partie émergée de l'iceberg politico-mafieux colombien.