L’ANC et le rêve démocratique en berne

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a échappé cette semaine à une procédure de destitution.
Jerome Delay Associated Press Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a échappé cette semaine à une procédure de destitution.

L’ANC, parti historique au pouvoir en Afrique du Sud, se réunit vendredi pour choisir son prochain leader et potentiel futur chef de l’État. Mais avec les scandales et une économie plombée, les promesses démocratiques du mouvement qui a libéré les Sud-Africains de l’apartheid semblent encore loin.

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, avait promis l’éducation, l’eau, un toit et un vote à tous les Sud-Africains, « sa mission historique », rappellent régulièrement les anciens du parti de Nelson Mandela.

Avec un chômage qui touche près d’un Sud-Africain sur cinq en âge de travailler, des inégalités qui s’accroissent et des coupures d’électricité à répétition, la foi en l’avènement du rêve démocratique est toutefois largement entamée.

À cela s’ajoutent les affaires aux relents de corruption impliquant des membres du parti. Le dernier scandale en date touche le président lui-même : Cyril Ramaphosa, 70 ans, est accusé d’avoir tenté de dissimuler à la police et au fisc le vol de liasses de dollars cachées dans un canapé dans l’une de ses propriétés. Il a échappé cette semaine à une procédure de destitution.

Les leaders de l’ANC avaient donné un mot d’ordre et exigé que les membres « suivent la ligne du parti » lors d’un vote au Parlement mardi, en rejetant d’une seule voix la procédure. La procédure de destitution a été rejetée par 214 voix, par rapport à 148 voix pour et 2 abstentions. Mais le modus operandi autoritaire est critiqué par les observateurs.

« Cette culture qui consiste à mettre les députés sur des rails et à les traiter comme du bétail à voter est bien rodée » à l’ANC, estime auprès de l’AFP l’analyste politique Sandile Swana, qui compare les apparatchiks du parti à une « clique stalinienne ».

Selon lui, la « centralisation du pouvoir » s’est accentuée sous l’ex-président Jacob Zuma. Leader charismatique et populaire, il avait bâti un système opaque au sommet de l’État, masquant une vaste entreprise de pillage systématique des caisses publiques.

« Trahir le parti »

Quelques voix se sont élevées contre le système. « Il n’y a aucune règle interdisant d’exprimer son opinion au Parlement », a lancé dans les médias Nkosazana Dlamini-Zuma, opposante de Ramaphosa au sein de l’ANC.

Elle fait partie des quelques voix du parti à avoir violé la consigne à l’Assemblée, où chaque député a dû voter à haute voix. Ceux comme elle ont « trahi le parti », a fustigé un cadre de l’ANC. Ils sont aujourd’hui menacés de sanction.

« L’ANC a du mal à gouverner une société moderne » et veut « continuer à gouverner comme un mouvement de libération », estime l’analyste politique Ralph Mathekga.

Miné par des divisions internes, l’ANC manque également d’options. Cyril Ramaphosa, qui jouit encore d’une grande popularité malgré le scandale, acclamé comme une star lors de ses dernières apparitions publiques, est son meilleur atout pour 2024.

Le parti hégémonique depuis 1994 est en perte de vitesse dans les urnes ces dix dernières années, passant pour la première fois sous les 50 % lors d’élections locales l’an dernier. Le spectre d’une défaite aux élections générales le hante.

L’ANC « a besoin de Ramaphosa », juge M. Mathekga. Le parti « a besoin qu’il gagne », sans quoi il n’aura aucune chance aux élections.

« Il y a de fortes chances que Ramaphosa soit finalement écarté du pouvoir, mais seulement par l’ANC et quand le parti l’aura décidé », selon M. Swana.

« L’ANC est une organisation fondamentalement démocratique. Nous débattons des problèmes », assure Tony Yengeni, un vétéran du parti. Mais certains procédés « favorisent les divisions et alimentent des querelles publiques », écornant encore un peu plus l’image du parti, regrette-t-il.

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