Les inondations au Nigeria aggravées par le changement climatique indique une étude

Principale cause : des niveaux de précipitations exceptionnelles dans la région autour du lac Tchad, depuis le début de la saison des pluies en juin.
Utomi Ekpei Agence France-Presse Principale cause : des niveaux de précipitations exceptionnelles dans la région autour du lac Tchad, depuis le début de la saison des pluies en juin.

Le changement climatique a multiplié par 80 la probabilité des pluies intenses à l’origine d’inondations historiques au Nigeria, qui ont tué ces derniers mois plus de 600 personnes et dévasté l’agriculture du pays le plus peuplé d’Afrique, selon une étude scientifique publiée mercredi.

Ces inondations hors norme, qui ont aussi touché le Niger, le Tchad et des pays voisins, ont déplacé plus de 1,4 million de personnes et ravagé des centaines de milliers d’hectares de récolte, en pleine crise alimentaire liée à la guerre en Ukraine.

Principale cause : des niveaux de précipitations exceptionnelles dans la région autour du lac Tchad, depuis le début de la saison des pluies en juin.

Or, « le changement climatique causé par l’activité humaine a rendu cet événement environ 80 fois plus probable et environ 20 % plus intense », conclut le World Weather Attribution (WWA), auteur du rapport publié mercredi.

Pionnier, ce réseau mondial de scientifique s’est imposé ces dernières années par sa capacité à évaluer en peu de temps le lien entre les événements météo extrêmes et le changement climatique, ce lien n’étant pas systématique.

Parmi ses précédentes études, le WWA a conclu que la sécheresse du dernier été dans l’hémisphère nord avait été rendue « au moins 20 fois plus probable » par le réchauffement de la planète lié aux gaz à effet de serre. Ou que la canicule de 2021 dans le nord-ouest du Canada et des États-Unis aurait été « pratiquement impossible » sans le changement climatique. Mais qu’il n’était toutefois pas le facteur majeur de la crise alimentaire en 2021 à Madagascar.

Leurs résultats, produits en urgence et rendus publics sans passer par les revues à comité de lecture, sont obtenus en combinant des méthodes approuvées par leurs pairs, en premier lieu des données météo historiques et des modèles climatiques.

Dans la région du lac Tchad, les « pluviométries supérieures à la moyenne » relevées cette année « ont désormais une chance sur dix environ de se produire chaque année » alors qu’elles étaient rarissimes avant l’impact climatique du recours aux énergies fossiles, estime le WWA.

Les scientifiques ont aussi examiné le pic de précipitations sur 7 jours le long du bassin inférieur du Niger, au Nigeria. Ils concluent que « le changement climatique a rendu l’événement environ deux fois plus probable et environ 5 % plus intense ».

Pertes et dommages

 

La publication de ces conclusions intervient en pleines négociations en Égypte à la COP27, où les pays en développement demandent aux riches, pollueurs depuis le début de l’ère industrielle, de payer pour les « pertes et dommages » liés au changement climatique.

« Ce n’est pas à nous, scientifiques, de dire aux négociateurs ce qu’ils doivent faire. Nous ne faisons que présenter les preuves ici », mais même à 1,2 °C de réchauffement planétaire, « nous constatons déjà des augmentations des risques », a souligné Maarten van Aalst, directeur du Centre climat de la Croix-Rouge internationale, lors d’une conférence de presse en ligne.

« Cela montre aussi très clairement que ces impacts ne sont pas futurs, ils se produisent aujourd’hui : nous avons donc besoin de ces solutions de financement », a-t-il ajouté.

Les chercheurs du WWA se sont également penchés sur la sécheresse qui a aggravé la crise alimentaire en cours pour les populations du Sahel au Burkina Faso, Tchad, Mali, Niger et Nigeria. Cette pénurie « est survenue après une saison des pluies erratique en 2021, qui a affecté la production agricole et réduit les stocks alimentaires des mois plus tard », rappelle le WWA.

« Mais les scientifiques ont constaté que la variabilité des précipitations dans la région et le manque de données météo historiques […] ne permettaient pas de déterminer si le réchauffement dû à l’homme avait joué un rôle », écrit le réseau.

Les chercheurs jugent donc « essentiel d’investir dans des stations météorologiques » dans la région, essentiels pour aider des populations « très vulnérables aux conditions météorologiques extrêmes », qu’elles soient ou non attribuables au changement climatique.

À voir en vidéo