Burkina Faso: lutter contre l'insécurité alimentaire et les changements climatiques

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
La majorité des parcelles sont consacrées à l’agroforesterie et d’autres, à la culture maraîchère.
Photo: Naam - Coopérative Viimbaoré La majorité des parcelles sont consacrées à l’agroforesterie et d’autres, à la culture maraîchère.

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

Assurer la sécurité alimentaire des citoyens burkinabés en donnant aux femmes un accès à des terres agricoles, c’est ce que le projet d’agriculture résiliente au climat (PARC) d’Oxfam-Québec veut encourager. L’initiative vise à lutter contre les changements climatiques par le biais de l’agroforesterie et de la culture maraîchère.

Le Burkina Faso, à l’instar d’autres pays du Sahel, fait face à une avancée du désert qui rend les sols de plus en plus arides, explique Laura Fortin, chargée de programme à Oxfam-Québec, basée à Montréal. La variabilité plus grande des précipitations contribue par ailleurs à l’érosion des terres. « Soit il n’y a pas de pluie quand on les attend, soit ce sont des inondations, comme on en a connu récemment au Tchad », illustre-t-elle.

D’ailleurs, la désertification progresse de 360 000 hectares chaque année, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Cela fait en sorte qu’un Burkinabé sur cinq fait face à de l’insécurité alimentaire, concluent des données du Food Security Cluster. Un taux qui a augmenté de 213 % en 2021, d’après Oxfam.

À cela s’ajoute la menace terroriste, forçant le déplacement des populations, qui sont alors concentrées dans des zones plus petites, causant donc une surexploitation des terres arables. Ainsi, par le biais de l’agroforesterie, Oxfam-Québec vise à régénérer les sols.

« L’idée est d’allier la plantation d’arbres avec de l’agriculture. Souvent, on va choisir des espèces complémentaires qui vont répondre mutuellement à leurs besoins et permettre aux cultures de mieux fonctionner », détaille Mme Fortin.

Le projet a été financé par le programme de Coopération climatique internationale (PCCI), géré par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec. Une somme de 525 000 $ sur les 700 000 $ totaux a été octroyée par le PCCI. Le reste du montant a été fourni par Oxfam-Québec.

Donner accès aux femmes à l’agriculture

Au Burkina Faso, les pratiques sociales et culturelles des différentes populations n’accordent pas aux femmes le rôle de gestionnaires des ressources naturelles. Il se limite plutôt au foyer, détaille Azeita Koussoube, chargée de projet pour Oxfam au Burkina Faso.

L’organisation caritative a commencé le programme en 2020. L’initiative soutient 1300 personnes, dont 60 % de femmes. Elle a été mise en place au nord du pays, dans les communes de Bassi et Gomponsom, avec la coopérative Vimbaoré/Naam, l’Association pour l’éducation et l’environnement (A2-E) et le Groupe de recherche et d’action sur le foncier (GRAF). Ce dernier a été chargé de collaborer avec les autorités locales pour négocier la mise à disposition de parcelles cultivables, explique Mme Koussoube.

Les partenaires d’Oxfam-Québec ont demandé aux leaders locaux d’identifier des propriétaires prêts à céder des terrains qu’ils n’utilisent pas. « Chez Oxfam, on essaie toujours de travailler avec les populations les plus vulnérables. Donc, dans ce cas-ci, des femmes qui n’ont pas déjà accès à une terre qu’elles peuvent exploiter », rappelle Mme Fortin.

La majorité des parcelles sont consacrées à l’agroforesterie et d’autres, à la culture maraîchère. Les premières, totalisant 40 hectares, accueillent des plants de sorgho, de mil et d’arachides, notamment.

Quant aux deux jardins d’un hectare chacun, 40 femmes y travailleront. Elles y feront entre autres pousser des carottes, des oignons, des tomates et du chou. « Elles sont très motivées. La plupart ne menaient pas d’activités, avant. Ce n’est pas du tout facile d’avoir une parcelle à exploiter », explique Mme Koussoube.

D’ailleurs, le projet inclut des sessions de sensibilisation sur les droits fonciers pour les femmes et les jeunes. C’est « pour qu’ils connaissent bien la loi et leurs droits en matière d’accès au foncier », dit-elle. Ainsi, des comités de six à douze personnes composés de producteurs locaux et d’associations s’affaireront à identifier les défis qui entravent la gouvernance foncière dans la commune et à proposer des solutions.

Une vision pérenne

 

Le projet se terminera en 2023. Mais les jardins resteront en place, de même que les puits et les forages qui ont été creusés sur certaines parcelles de terrain, promet Laura Fortin.

Par ailleurs, l’accès aux terres a été octroyé pour 10, voire 15 ans, par les propriétaires des parcelles. « Ils ont pris l’engagement que ces participantes vont exploiter la parcelle au moins sur une dizaine d’années, sauf si elles décident d’abandonner le site », explique Mme Koussoube.

Une façon pour les femmes d’atteindre l’autonomie financière. « Et même si elles ne continuent pas dans la culture maraîchère, elles pourront développer une autre source de revenus, renforcer leur niveau de vie à elles et à leur famille. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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