Côte d’Ivoire: pour une industrie cacaoyère juste et durable

Hélène Boucher
Collaboration spéciale
Les dérèglements climatiques fragilisent le cacaoyer, ainsi que les conditions de vie de ceux qui vivent de sa culture.
SOCODEVI Les dérèglements climatiques fragilisent le cacaoyer, ainsi que les conditions de vie de ceux qui vivent de sa culture.

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

L’industrie du cacao est une véritable mine d’or pour les multinationales chocolatières et les produits Lindt, Cadbury ou encore Hershey’s de ce monde qui inondent les rayons des épiceries. Avant de pouvoir croquer à belles dents dans un carré, une fève de cacaoyer a été cultivée et récoltée avec soin, fort probablement en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial. Coup de projecteur sur la dimension solidaire de l’Initiative femmes et communautés cacaoyères (IFCC) portée par SOCODEVI et la Fondation Paul Gérin-Lajoie.

Alexandre Robitaille-Lachance, responsable de SOCODEVI en Côte d’Ivoire, s’est établi dans le pays il y a quatre ans. Il y pilote trois projets, tous sur le modèle coopératif cher au Québec, dans le but d’améliorer les conditions de vie des gens. Dans le cadre de l’IFCC, il transpose le modèle au secteur cacaoyer afin de générer plus d’argent dans les poches des travailleurs — en l’occurrence des travailleuses. L’objectif ? Rejoindre 5000 femmes et adolescentes cultivatrices du cacao.

« Grâce à un cofinancement de 13 millions de dollars — 10 millions en provenance d’Affaires mondiales Canada et 3 millions de la part de multinationales cacaoyères et chocolatières —, l’IFCC appuie la cacaoculture en soutenant 30 entreprises coopératives cacaoyères ainsi que la Fédération Nationales des Femmes Productrices de Café-Cacao de Côte d’Ivoire (FNFPCC-CI). L’appui vise la croissance durable de la fève brute pour générer une résilience des communautés concernées sur la durée. » Ainsi, l’égalité des genres et l’adaptation aux changements climatiques se trouvent au coeur du projet.

Actrices d’avancement

La cacaoculture ivoirienne renferme par ailleurs certains tabous, comme celui du travail des enfants dans les champs de cacao. Malgré la surveillance de l’État ivoirien, stopper cette habitude s’avère un chemin pavé d’embûches. Selon Christine Simonnet, chargée de projets internationaux à la Fondation Paul Gérin-Lajoie, c’est là qu’intervient la dimension éducative comme levier de changement.

« Des parents peu ou pas scolarisés préféreront voir leurs enfants aller sur la plantation, plutôt qu’à l’école. Il faut agir sur le fléau de la déscolarisation, surtout chez les filles. Seule l’éducation pourra rompre le cycle de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté (TIP). »

La Fondation PGL joue un rôle d’appui à l’IFCC par de multiples axes, comme l’alphabétisation fonctionnelle destinée aux jeunes filles et femmes de 10 à 25 ans ou l’apport de compétences en lecture et en mathématiques, afin que ces dernières puissent réaliser leurs activités socio-économiques et générer des revenus. Un cycle de longue haleine favorable à l’estime personnelle et la capacité de négocier par elles-mêmes.

Alexandre Robitaille-Lachance ne peut que soutenir ce volet féministe, alors SOCODEVI le défend depuis ses débuts. Quand les femmes se portent mieux, le monde se porte mieux, affirme-t-il. Pour enrayer les inégalités dans cette communauté cacaoyère, qui pèse des milliards de dollars, les femmes et les hommes font partie de la solution.

 

Cacaoyer sous menace climatique

Ces interactions directes avec des milliers de filles et de femmes mentores passent par le circuit des associations villageoises. Des regroupements locaux essentiels à la connaissance du terrain et de l’arbre béni : le cacaoyer. Mais celui-ci est fragilisé par les dérèglements climatiques et la hausse des températures sur le terreau ivoirien. Selon M. Robitaille-Lachance, « l’arbre a besoin d’ombre pour produire ses fèves et se protéger des maladies. À l’heure actuelle, il subit une trop importante exposition solaire. À ce fléau s’ajoute celui des pluies imprévisibles et de la dégradation des sols de culture ».

Les conditions de vie s’avèrent de plus en plus précaires pour celles et ceux qui vivent du cacao. Face à ce constat, l’IFCC développe un volet environnemental, en concertation avec les instances nationales, par une offre de formation sur la durabilité de la production. On érige, par exemple, des pépinières qui permettent d’ombrager le cacaoyer par la plantation d’arbres fruitiers. Étonnant chantier qui vient pallier les problèmes d’exposition au soleil, tout en diversifiant les revenus des artisans de la terre.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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