Foule en colère à Madagascar: les gendarmes confirment un lourd bilan

Des gendarmes déployés à Antananarivo, en juillet dernier.
Rijasolo Archives Agence France-Presse Des gendarmes déployés à Antananarivo, en juillet dernier.

Les gendarmes de Madagascar ont confirmé mardi avoir tué 19 personnes en tirant sur une foule en colère qui avait tenté la veille d’entrer dans leur caserne pour se faire justice elle-même après la disparition d’un enfant albinos.

« Dix-neuf personnes ont perdu la vie et 21 blessés sont toujours soignés » à l’hôpital d’Ikongo, la petite ville du sud-est de l’île où les heurts ont eu lieu, ont déclaré les gendarmes dans un communiqué, ajoutant qu’une enquête est en cours.

Le médecin chef de l’hôpital local, le Dr Tango Oscar Toky, joint mardi au téléphone par l’AFP, a confirmé ce nombre de morts.

Les gendarmes, qui affirment que le calme est désormais revenu, avaient annoncé lundi un premier bilan de 11 victimes décédées.

 

Mardi matin, l’hôpital local attendait encore l’arrivée de blessés qui devaient être évacués, selon le Dr Toky, en décrivant des blessures graves.

Depuis la semaine dernière, la commune d’Ikongo, plongée dans les montagnes et à environ 350 km de la capitale Antananarivo, est sous le choc : un enfant, albinos, a disparu et les autorités suspectent un enlèvement.

Dans cette grande île d’Afrique australe, les personnes atteintes d’albinisme sont régulièrement la cible de violences, souvent en lien avec certaines croyances.

Plus d’une douzaine d’enlèvements, d’attaques et de meurtres y ont ainsi été signalés au cours des deux dernières années, selon les Nations unies.

« On aurait pu l’éviter »

Après la disparition de l’enfant, quatre suspects ont été arrêtés par les gendarmes et placés en détention dans la caserne d’Ikongo.

Mais des habitants en colère ont voulu faire justice eux-mêmes.

 

Ils se sont rendus lundi devant la caserne de gendarmerie et ont demandé à ce qu’on leur remette les suspects, a raconté à l’AFP Jean Brunelle Razafintsiandraofa, député du district.

D’après une source de la gendarmerie présente sur place, au moins 500 personnes sont arrivées, dont certains munis d’« armes blanches » et de « machettes ».

Un périmètre de sécurité est alors installé, et les gendarmes tentent de faire baisser la tension pour « éviter un bain de sang », a expliqué lundi le commandant Andry Rakotondrazaka lors d’une conférence de presse.

Il a ensuite évoqué « des provocations », des personnes armées de « couteaux à longue lame et de bâtons », ainsi que des jets de pierres. Puis la foule a tenté de franchir le périmètre de sécurité.

Les gendarmes disent avoir d’abord fait usage de gaz lacrymogène et tiré des coups de sommation.

« Mais, en dernier ressort », ils « n’ont pas eu d’autre choix que de recourir à la légitime défense », a expliqué le commandant de gendarmerie.

« C’est un évènement très triste et on aurait pu l’éviter mais il s’est passé ce qu’il s’est passé », a-t-il regretté.

Ils « ont tiré sur la foule », s’est de son côté indigné le député Razafintsiandraofa, qui a indiqué vouloir demander une enquête parlementaire.

Les forces de l’ordre malgaches sont régulièrement épinglées par la société civile pour des violations des droits de l’homme, qui font rarement l’objet de poursuites.

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