Des centaines de personnes exécutées au Mali en mars, selon HRW

Des soldats de l'armée malienne lors d'une patrouille dans le centre du pays, le 20 mars 2021
Photo: Michele Cattani Agence France-Presse Des soldats de l'armée malienne lors d'une patrouille dans le centre du pays, le 20 mars 2021

Les soldats maliens associés à des combattants étrangers présumés être russes ont exécuté sommairement 300 civils, dont certains qu’ils soupçonnaient d’être des djihadistes, fin mars, dans une localité du centre du pays, indique Human Rights Watch.

Dans un rapport publié mardi, l’ONG décrit un massacre perpétré sur plusieurs jours entre le 27 et le 31 mars dans la localité de Moura, entre Mopti et Djenné, dans une région qui est l’un des principaux foyers des violences sahéliennes.

Devant la multiplication de témoignages rapportés par la presse, l’état-major malien a parlé mardi soir dans un communiqué « d’allégations infondées » visant à « ternir l’image » des forces armées.

Sans faire référence spécifiquement à HRW, il a répété que le respect des droits était « une priorité dans la conduite [des] opérations » et appelé à « la retenue contre les spéculations diffamatoires ».

Les autorités, dominées par les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en 2020, avaient déjà donné vendredi leur version des événements, parlant d’opération qui avait permis d’abattre 203 membres de « groupes armés terroristes » et d’en arrêter 51 autres.

Mais la Mission de l’ONU au Mali, les États-Unis, l’Union européenne et la France ont exprimé leurs préoccupations devant les informations remontant de Moura.

Les faits survenus à Moura sont « le pire épisode d’atrocités » commises depuis le déchaînement des violences au Mali en 2012, dit HRW, qui cite 27 personnes informées des événements, dont 19 survivants et témoins.

« Le gouvernement malien doit de façon urgente et impartiale ouvrir une enquête sur ces meurtres de masse, y compris sur le rôle de soldats étrangers », dit Corinne Dufka, directrice pour le Sahel à HRW. Pour la crédibilité de ces investigations, les autorités doivent se faire assister de l’Union africaine et des Nations unies, estime-t-elle.

Les événements de Moura ont commencé le 27 mars par l’arrivée en hélicoptères de soldats en plein marché aux bestiaux, dit HRW. Les soldats auraient alors échangé des tirs avec une trentaine d’islamistes armés qui se trouvaient dans la foule ; plusieurs islamistes, quelques civils et deux soldats étrangers auraient été tués.

Moura est décrite comme une localité passée sous la coupe de groupes affiliés à al-Qaïda, comme beaucoup d’autres au Mali.

Avec des renforts transportés par hélicoptères, les soldats maliens et étrangers ont pris le contrôle de Moura, relatent les témoins cités par HRW.

Les étrangers, blancs de peau, sont assimilés à des Russes parce qu’ils ne parlent pas français et qu’il a beaucoup été question dans les médias, y compris de la part des autorités, de l’arrivée de soldats russes ces derniers mois pour aider à combattre les djihadistes.

Les soldats auraient ratissé la localité, « exécutant » un certain nombre de personnes et en capturant des centaines d’autres. Les jours suivants, ils auraient exécuté par balles et par petits groupes des dizaines de captifs, peut-être en fonction de leur tenue vestimentaire ou parce qu’ils portaient la barbe suivant des règles édictées par les djihadistes, ou en raison de leur appartenance ethnique.

« La grande majorité » des hommes, exécutés aussi bien par des soldats maliens que par des soldats blancs, étaient peuls, un groupe dans lequel les djihadistes ont largement recruté, dit HRW.

« Tuer délibérément ou maltraiter un individu en détention est un crime de guerre », dit HRW.

Des civils ont été forcés de creuser des fosses communes avant d’être exécutés, selon HRW. Certaines dépouilles ont été brûlées au point d’être méconnaissables, ajoute HRW.

Dans le communiqué publié mardi soir, l’état-major indique que l’armée a attaqué un regroupement de « terroristes » auquel l’ont opposé de violents combats. Une fois le contrôle de Moura assuré, les soldats ont fait un « tri » et repéré les « terroristes » dissimulés dans la population, dit-il.

L’état-major se contente d’évoquer des morts dans les rangs de l’armée sans plus de précision. Il ne fait aucune mention de soldats étrangers. Il rapporte toutefois que l’opération a engagé quatre groupes de forces spéciales, trois hélicoptères de transport Mi-17 (de conception soviétique) et deux hélicoptères de combat Mi-35 (de fabrication russe), ainsi que des drones de surveillance.

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