Liberté surveillée pour le Canadien emprisonné pour délit d’opinion en Algérie

Lazhar Zouaïmia est accusé de faire «l’éloge des actes terroristes à travers la technologie des médias et de la communication» et de «soutenir et appuyer un groupe terroriste» par le régime autocratique en place.
Photo: Courtoisie Lazhar Zouaïmia est accusé de faire «l’éloge des actes terroristes à travers la technologie des médias et de la communication» et de «soutenir et appuyer un groupe terroriste» par le régime autocratique en place.

Plus d’un mois après son arrestation et son emprisonnement pour délit d’opinion en Algérie, le ressortissant canadien Lazhar Zouaïmia a été libéré mercredi matin de la prison d’El-Harrach par les autorités judiciaires du pays. Une libération provisoire, toutefois, pour ce militant actif du Hirak, le mouvement prodémocratie algérien, qui reste toujours sous le coup d’une interdiction de quitter le pays, une mesure l’empêchant de retrouver sa femme et sa fille à Montréal.

Technicien expert à Hydro-Québec, Lazhar Zouaïmia a été arrêté le 22 février dernier à l’aéroport Mohamed Boudiaf de Constantine alors qu’il s’apprêtait à revenir au Québec après une visite dans sa famille de quelques jours. M. Zouaïmia est une voix critique du régime algérien depuis Montréal, où il participe régulièrement aux manifestations pour la démocratie orchestrées par la communauté. Il milite également pour les droits de la personne au sein de l’organisme Amnistie internationale.

L’homme est accusé par Alger de faire « l’éloge des actes terroristes à travers la technologie des médias et de la communication » et de « soutenir et appuyer un groupe terroriste ». Le régime autocratique en place a intensifié depuis plusieurs semaines sa répression contre ses opposants politiques.

Ces formulations lourdement chargées en Algérie — le pays a été frappé par la violence du terrorisme durant la « décennie noire », à la fin des années 1990 — sont utilisées à dessein par les militaires au pouvoir dans ce pays pour écraser tout mouvement de contestation populaire. Depuis juin dernier, une réforme du Code pénal algérien permet au gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune d’assimiler à du « terrorisme » et à du « sabotage » tout appel à « changer le système de gouvernance par des moyens non conventionnels ».

Depuis son arrestation, M. Zouaïmia n’a pas été en mesure de rencontrer des représentants des affaires consulaires du Canada. Une visite sollicitée par l’ambassade a été refusée par les autorités algériennes au début de la semaine, selon des informations obtenues par Le Devoir.

« Après 40 jours, c’est la première fois que j’ai pu lui parler mercredi », a indiqué en entrevue sa femme, Fatima Benzerara, professeure de mathématiques dans une école de Montréal. « Il va habiter dans sa famille en attendant son procès. Mais pour le moment, nous ne savons rien de plus sur la nature de cette libération, sur les conditions, ni sur la suite des procédures qui l’attendent. »

Cycle de répression

La répression en cours contre les militants du Hirak a entraîné l’arrestation de plus de 300 Algériens ces derniers mois, et ce, alors que le mouvement célébrait son troisième anniversaire il y a un mois.

Le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune n’hésite plus à s’attaquer à l’opposition exprimée par des Algériens établis à l’étranger et citoyens d’un autre pays. Outre Lazhar Zouaïmia, un ressortissant belge, Rachid Touam, et un ressortissant français, Amar Zebar, ont été arrêtés au port d’Alger en raison de leur engagement, eux aussi, dans la révolution dite « des sourires ».

L’organisation Amnistie internationale a vertement dénoncé ce nouveau cycle de répression en Algérie, qui a conduit à la suspension « temporaire » du Parti socialiste des travailleurs (PST), un parti d’opposition soutenant le Hirak, mais également à la condamnation de Fethi Ghares, coordinateur du Mouvement démocratique et social (MDS), une institution dans le paysage politique algérien.

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