Un gouvernement parallèle prête serment en Libye, la crise s'aggrave

Le premier ministre désigné par le Parlement, Fathi Bachagha. Photo d'archive.
Photo: Agence France-Presse Le premier ministre désigné par le Parlement, Fathi Bachagha. Photo d'archive.

Un gouvernement parallèle intronisé par le Parlement libyen et qui s’efforce d’évincer l’exécutif en place à Tripoli a prêté serment jeudi, enfonçant le pays dans une crise institutionnelle qui rappelle les heures les plus sombres de la guerre civile.

Le premier ministre désigné par le Parlement, Fathi Bachagha, et une partie de son équipe ont prêté serment devant les députés à Tobrouk, dans l’est du pays.

Déjà minée par les divisions entre institutions concurrentes à l’Est et à l’Ouest, la Libye s’est retrouvée avec deux gouvernements rivaux après que le Parlement a approuvé mardi un nouvel exécutif dirigé par M. Bachagha, un ex-ministre de l’Intérieur.

Il défie ainsi le Cabinet en place à Tripoli dirigé par Abdelhamid Dbeibah, qui refuse de céder le pouvoir avant la tenue d’élections législatives, qu’il annonce pour juin.

M. Bachagha a accusé son rival de tenter d’entraver la cérémonie de prestation de serment en suspendant le trafic aérien depuis Tripoli pour empêcher des membres du nouveau gouvernement de se rendre à Tobrouk et en faisant détenir certains d’entre eux par un groupe armé loyal.

« Escalade injustifiée »

« Je condamne l’escalade injustifiée de la part de certaines parties, destinée à empêcher plusieurs ministres de prêter serment », a ainsi déclaré M. Bachagha dans un discours après la cérémonie de prestation de serment.

Selon lui, trois ministres désignés manquaient à l’appel après avoir été détenus par un groupe armé pro-Dbeibah. « C’est un acte lâche », a-t-il dit.

Un quatrième ministre, celui de l’Économie et du Commerce, Jamal Salem Chaaban, a annoncé sa démission peu avant la cérémonie, dénonçant un « manque de transparence et de respect de la procédure » lors du vote de confiance. « Faire partie de ce gouvernement qui ramène la guerre et la destruction dans la capitale n’est pas un honneur », a-t-il déclaré, dans une vidéo diffusée par des médias locaux.

Le gouvernement en place à Tripoli, dirigé par M. Dbeibah, avait dénoncé le vote de confiance comme une « fraude évidente » et affirmé que « le quorum nécessaire n’a pas été atteint ».

Faire partie de ce gouvernement qui ramène la guerre et la destruction dans la capitale n’est pas un honneur

 

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exprimé mercredi sa préoccupation « au sujet d’informations selon lesquelles le vote de la Chambre des représentants n’a pas respecté les normes attendues de transparence et de procédure » et évoqué « des actes d’intimidation avant la séance » à l’encontre de députés.

M. Dbeibah avait été désigné il y a un an, dans le cadre d’un processus de paix parrainé par l’ONU, à la tête d’un gouvernement intérimaire, pour mener la transition en organisant des élections présidentielle et législatives.

« Partisans de la paix »

Mais des querelles persistantes ont entraîné le report sine die du double scrutin, sur lequel la communauté internationale fondait de grands espoirs pour enfin mettre fin au chaos qui ravage le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

En pleine guerre civile, le pays avait déjà été dirigé, entre 2014 et 2016, par deux premiers ministres rivaux à l’Ouest et à l’Est.

« Nous sommes des partisans de la paix, par la parole et par les actes alors que certains veulent nous entraîner vers les conflits. Nous ne leur donnerons aucune chance et nous ne verserons aucune goutte de sang », a assuré M. Bachagha jeudi devant les députés.

Mais il a souligné sa ferme intention de gouverner « depuis Tripoli » par la « force de la loi ».

Ancien formateur de pilotes d’avions de combat reconverti dans les affaires, M. Bachagha, 59 ans, s’est fait connaître du grand public durant son passage à la tête du ministère de l’Intérieur de 2018 à début 2021.

En décembre, alors qu’un report de l’élection se profilait, celui qui était candidat à la présidentielle s’était rapproché du camp rival en se rendant à Benghazi, où il avait rencontré le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est, au nom de la réconciliation nationale.

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