La candidature du fils Kadhafi à la présidentielle libyenne rétablie

Seif al-Islam Kadhafi, 49 ans, a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif, avant de bénéficier d’une amnistie.
Photo: Page Facebook de la Haute Commission électorale nationale Libyenne via Agence France-Presse Seif al-Islam Kadhafi, 49 ans, a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif, avant de bénéficier d’une amnistie.

Le fils du « Guide » reste dans la course : la Cour d’appel de Sebha, dans le sud de la Libye, a ordonné jeudi le rétablissement de Seif al-Islam Kadhafi, fils de l’ex-dictateur libyen, comme candidat à l’élection présidentielle du 24 décembre.

L’information, rapportée par plusieurs médias libyens, a été confirmée par l’AFP auprès de l’entourage du candidat, qui avait fait appel plus tôt dans la journée devant cette cour contre la décision de l’Autorité électorale de rejeter sa candidature pour non-conformité avec les dispositions de la loi. « C’est d’abord une victoire de la justice, et ensuite celle de la volonté du peuple », a déclaré son avocat, Khaled al-Zaydi, après l’audience.

Seif al-Islam Kadhafi, 49 ans, a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif, avant de bénéficier d’une amnistie. Disparu de la vie publique, il avait déposé sa candidature à la mi-novembre, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime déçus par une interminable transition politique sur fond de chaos.

La décision de justice a donné lieu jeudi à des scènes de liesse devant le tribunal à Sebha, ville semi-désertique située à quelque 650 kilomètres au sud de Tripoli, où des dizaines de partisans du candidat étaient réunis, selon des images des médias.

Elle survient après une série d’incidents ayant empêché pendant plusieurs jours le fils Kadhafi de faire appel du rejet de sa candidature, annoncé le 24 novembre. Des partisans de l’homme fort de l’Est, Khalifa Haftar, lui-même candidat, ont bloqué pendant une semaine l’accès au tribunal, suscitant « une grande inquiétude » au sein du gouvernement intérimaire, mais également à l’ONU.

Ces hommes armés se sont finalement retirés jeudi du périmètre du tribunal, permettant aux trois magistrats et à l’avocat de Seif al-Islam d’entrer dans le bâtiment.

Pour Emadeddin Badi, expert à la Global Initiative basée à Genève, « le processus électoral est en train de réaliser d’une pierre trois coups : discréditer l’ONU, la justice libyenne et les élections ».

Aboutissement d’un processus laborieux parrainé par l’ONU, la présidentielle du 24 décembre et le scrutin législatif prévu un mois plus tard sont censés tourner la page d’une décennie de conflit depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, tué lors d’une révolte populaire.

Tensions à la hausse

Si la Libye est engagée dans la dernière ligne droite de la présidentielle, cruciale pour l’avenir de ce pays d’Afrique du Nord, la persistance des désaccords entre camps rivaux et des tensions sur le terrain font planer un doute sur sa tenue.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné mercredi que les élections ne devaient pas être « une part du problème », tandis que le président du Conseil de sécurité estimait que les conditions n’étaient pas réunies pour un scrutin démocratique.

Cela fait plusieurs semaines que les tensions vont en crescendo : fin septembre, le Parlement basé à Tobrouk a voté une motion de censure contre l’exécutif intérimaire, chargé de conduire le pays vers les élections, prenant le risque de torpiller le processus.

Pour la communauté internationale, la tenue de la présidentielle et des législatives est essentielle pour pacifier le pays, qui compte les réserves pétrolières les plus abondantes d’Afrique.

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