L’Éthiopie déclare l’état d’urgence face au regain de violence dans le nord

Un blindé éthiopien immobilisé au nord de Mekele, la capitale du Tigré. Photo d'archive.
Photo: Eduardo Soteras Agence France-Presse Un blindé éthiopien immobilisé au nord de Mekele, la capitale du Tigré. Photo d'archive.

Le gouvernement éthiopien a déclaré mardi l’état d’urgence dans l’ensemble du pays, qui connaît un regain des combats après que les rebelles tigréens ont revendiqué ce week-end la prise de deux villes stratégiques du nord.

Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) a annoncé samedi la prise de Dessie et, dimanche, celle de Kombolcha, deux villes de la région de l’Amhara, voisine du Tigré, situées à un carrefour routier à 400 kilomètres au nord d’Addis Abeba. Ils n’ont pas exclu de marcher sur la capitale.

Le gouvernement a démenti avoir perdu le contrôle de ces villes, mais si elle se confirmait, leur prise par les rebelles marquerait une nouvelle étape majeure dans le conflit qui oppose ces derniers depuis un an aux troupes progouvernementales.

Les communications sont coupées dans une grande partie du nord de l’Éthiopie, et l’accès des journalistes est restreint, rendant difficile toute vérification indépendante des positions sur le terrain.

Malgré ses dénégations sur la progression rebelle, le gouvernement a décrété l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire.

Cette mesure « vise à protéger les civils contre les atrocités commises par le groupe terroriste FLPT dans plusieurs régions du pays », a rapporté le média d’État Fana Broadcasting Corporate.

Les restrictions envisagées incluent un couvre-feu, la fermeture des routes et la fouille de « toute personne soupçonnée de collaborer avec des groupes terroristes », a précisé Fana BC.

L’état d’urgence permet également aux autorités d’enrôler « tout citoyen en âge de combattre et possédant une arme » ou de suspendre tout média soupçonné d’apporter « un soutien moral direct ou indirect » au FLPT, a ajouté le média.

Les législateurs doivent approuver cette mesure dans les 24 heures.

Capitale mobilisée

Plus tôt dans la journée, les autorités d’Addis Abeba ont demandé aux cinq millions d’habitants de la capitale de faire enregistrer leurs armes à feu dans les deux jours et de se préparer à défendre la ville.

« Tous les habitants doivent s’organiser par pâtés de maisons et quartiers pour protéger la paix et la sécurité dans leur zone, en coordination avec les forces de sécurité », a déclaré le responsable du département de la paix et de la sécurité de la capitale, Kenea Yadeta.

M. Kenea a affirmé que les jeunes seraient « recrutés » et « organisés » dans ce but, et que « tous les secteurs de la société » devaient redoubler de vigilance, y compris les propriétaires de maisons et d’hôtels censés vérifier les identités de leurs locataires et visiteurs.

Commencé en novembre 2020, le conflit au Tigré connaît un spectaculaire revirement de situation ces derniers mois.

Le premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, avait proclamé la victoire le 28 novembre, après avoir envoyé l’armée dans la région pour destituer les autorités locales dissidentes issues du FLPT, qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires fédérales.

Mais en juin, les combattants pro-FLPT ont repris l’essentiel de la région, forçant les troupes gouvernementales à se retirer largement. Ils ont ensuite poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar.

Dans un discours lundi, Abiy Ahmed a affirmé que des étrangers combattaient aux côtés du FLPT, sans fournir plus de détails.

Opposition américaine

Le récent regain des combats inquiète la communauté internationale, qui a renouvelé ces derniers jours ses appels à un cessez-le-feu immédiat et à des pourparlers de paix.

Mardi soir, l’ambassade des États-Unis a diffusé un message conseillant à ses ressortissants de ne pas se rendre en Éthiopie et à « ceux qui sont actuellement en Éthiopie de se préparer à quitter le pays ».

L’émissaire américain pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, avait affirmé plus tôt que Washington s’opposait « à tout mouvement du FLPT vers Addis ou toute action visant à assiéger Addis ».

Les États-Unis ont également annoncé qu’ils privaient l’Éthiopie d’importants avantages commerciaux accordés dans le cadre de l’AGOA (Loi sur le développement et les opportunités africaines), en raison de violations des droits de la personne dans le conflit.

L’Éthiopie s’est dite extrêmement déçue par cette décision qu’elle souhaite voir « annulée ».

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