Les arrestation d’opposants au putsch se multiplient au Soudan

Les militants ont appelé sur les réseaux sociaux à la tenue d’une «manifestation d’un million de personnes» samedi.
Photo: Agence France-Presse Les militants ont appelé sur les réseaux sociaux à la tenue d’une «manifestation d’un million de personnes» samedi.

Les forces de sécurité soudanaises ont multiplié mercredi les arrestations de militants et manifestants pour tenter d’en finir avec l’opposition au coup d’État du général Abdel Fattah al-Burhane.

En fin de journée, elles affrontaient toujours des manifestants décidés à maintenir les barricades de leur « grève générale ». Des heurts avaient lieu notamment dans le très remuant quartier de Bourri, dans l’est de Khartoum, où des centaines de manifestants jetaient des pierres, et dans la banlieue de Khartoum-Nord, où les forces de sécurité faisaient usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, ont constaté des correspondants de l’AFP.

Dans la soirée, le ministère de l’Information, fidèle au gouvernement déchu, a déclaré dans un communiqué que les forces de sécurité resserraient leur contrôle sur la capitale : « des quartiers et des rues ont été bloqués par des véhicules blindés et des hommes portant des fusils » et « des femmes ont été traînées » au sol. Il a également exhorté la communauté internationale à enquêter sur les violations contre les manifestants pacifiques.

Pression

À l’étranger, l’Union africaine et la Banque mondiale ont fait monter la pression sur l’armée : la première a suspendu le Soudan de ses institutions et la seconde a cessé son aide, vitale pour ce pays pauvre plongé dans le marasme économique et miné par les conflits.

À l’ONU, le porte-parole Stéphane Dujarric a indiqué que l’émissaire des Nations unies au Soudan, Volker Perthes, avait rencontré mercredi le général Burhane et le premier ministre Abdallah Hamdok, qui « n’est pas libre de ses mouvements ». M. Perthes « a réaffirmé » au général Burhane que l’ONU réclame « un retour au processus de transition » et « bien sûr une libération immédiate de tous ceux qui ont été arbitrairement arrêtés ».

L’armée a autorisé le retour mardi chez lui à Khartoum de M. Hamdok, arrêté après le putsch lundi avec la plupart des civils qui composaient le pouvoir de transition. Mais il reste « sous surveillance étroite », selonson bureau. « Hamdok n’a pas pu joindre ou rencontrer » ses partisans politiques, a ajouté le ministère de l’Information.

Le musellement de l’opposition s’est renforcé, avec l’arrestation à Khartoum de l’un des leaders du plus grand parti du Soudan, l’Oumma, ainsi que de militants et manifestants.

Quatre protestataires ont été tués et plus de 80 blessés, lundi, par des tirs des troupes, selon des médecins.

À Khartoum, des pick-up tournent avec des membres des forces de sécurité, tous armés, mais habillés en civil. « On dirait exactement les forces de sécurité de Béchir », affirme Hanaa Hassan, une manifestante, en allusion au général Omar el-Béchir, qui après un coup d’État en 1989 a régné pendant 30 ans sans partage.

Pour empêcher les manifestants de se regrouper, les forces de sécurité ont « enlevé toutes les barricades » dans le centre-ville, a indiqué à l’AFP Hadi Bachir. « Et elles arrêtent tous ceux qui sont à leurs abords. »

Les militants ont appelé sur les réseaux sociaux à la tenue d’une « manifestation d’un million de personnes » samedi.

Aides suspendues

Pour tenter d’expliquer son coup de force, le général Burhane avait prétexté mardi le risque de « guerre civile ». Mais les ambassadeurs occidentaux ont répété que, pour eux, « M. Hamdok est toujours le premier ministre, et son gouvernement, le pouvoir constitutionnel ».

M. Hamdok, visage civil de la transition au Soudan, a parlé mardi avec le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, et mercredi avec le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. « Nous ne voulons pas que le Soudan retourne aux heures sombres de son histoire », a tweeté M. Borrell. Khartoum venait tout juste de retrouver sa place dans le concert des nations, après la mise à l’écart d’Omar el-Béchir, en 2019.

Les États-Unis, qui avaient retiré seulement fin 2020 le Soudan de leur liste des pays soutenant le « terrorisme », ont suspendu une part de leur aide au pays. L’Union européenne menace de suivre.

Nous ne voulons pas que le Soudan retourne aux heures sombres de son histoire

 

La Russie en revanche estime seule que le coup d’État est « le résultat logique d’une politique ratée », alors que les membres du Conseil de sécurité de l’ONU n’ont pas pu se mettre d’accord sur une déclaration commune sur le putsch.

Les manifestants disent qu’ils ne quitteront pas la rue avant le retour d’un pouvoir civil, dans un pays qui a longtemps vécu sous la férule de l’armée.

Fin 2018 et 2019, ils avaient campé des mois jusqu’à forcer l’armée à démettre le président Béchir. Plus de 250 personnes avaient péri dans la répression de la révolte.

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