Retour au bercail pour des réfugiés après l’éruption du volcan Nyiragongo

La ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, était presque déserte hier alors que des résidents fuyaient encore la ville à ce moment-là, après que le gouvernement ait émis un avertissement selon lequel le volcan du mont Nyiragongo pourrait éclater à nouveau.
Photo: Alexis Huguet Agence France-Presse La ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, était presque déserte hier alors que des résidents fuyaient encore la ville à ce moment-là, après que le gouvernement ait émis un avertissement selon lequel le volcan du mont Nyiragongo pourrait éclater à nouveau.

Plus d’un millier de réfugiés ont quitté samedi un camp où ils étaient installés au Rwanda pour regagner la ville congolaise de Goma, qu’ils avaient fuie craignant une nouvelle éruption du volcan Nyiragongo, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Le 22 mai, une éruption, sans signe avant-coureur, de ce volcan parmi les plus actifs d’Afrique a provoqué un exode des habitants de la capitale de la province du Nord-Kivu. Près de 400 000 personnes ont également quitté la ville vendredi après un ordre d’évacuation « préventive » et « obligatoire » diffusé la veille.

Certains de ces réfugiés ont franchi la frontière avec le Rwanda voisin. Au moins 3000 personnes étaient présentes vendredi dans le camp de Rugerero, sur la commune de Gisenyi, à une dizaine de kilomètres de la frontière.

Samedi matin, plus de 1200 d’entre elles ont quitté le camp pour retourner à Goma, a indiqué à l’AFP un responsable gouvernemental rwandais, sous couvert d’anonymat.

Ils ont été acheminés jusqu’à la frontière par plus d’une dizaine de camions militaires, a constaté un journaliste de l’AFP.

« J’ai décidé de rentrer à Goma parce que je pense que le danger est passé. Si jamais il y a une nouvelle éruption, on reviendra au Rwanda », a expliqué William Byukusenge, employé du bâtiment de 21 ans, accompagné de sa femme et de ses deux enfants.

« Je n’ai plus rien »

Plus d’un millier d’autres réfugiés, pour la plupart des Gomatraciens ayant vu leur maison détruite lors de la première éruption, ont été acheminés vers un autre camp, mieux équipé, à Busasamana, à 35 kilomètres de la frontière.

Rugerero « était comme un camp de transit, dressé en catastrophe quand les gens sont arrivés brusquement », a expliqué une autre source rwandaise.

« Des officiels nous ont dit qu’ils nous déplaçaient, qu’ils nous emmenaient à Busasamana », a déclaré à l’AFP Marie-Claire Uwineza, venue au Rwanda avec ses deux enfants tandis que son mari emmenait les trois autres dans une autre ville de RDC.

Cette femme de 39 ans a tout perdu. « Ma maison a été détruite, je n’ai plus rien ».

En début d’après-midi, le camp de Busasamana abritait près de 2000 personnes, a indiqué sur place Boubacar Bamba, représentant adjoint du HCR au Rwanda, chargé des opérations.

Alors que les camions déchargeaient les réfugiés, dans leur immense majorité des femmes et des enfants, des bénévoles achevaient de construire des abris et finalisaient les installations sanitaires.

« On n’a pas le temps de planifier. On planifie et on exécute en même temps, parce qu’on est pris de court par les événements », a déclaré M. Bamba. « Nous nous préparons à toutes les éventualités, même si nos ressources ne sont pas suffisantes », a-t-il ajouté.

Dans le même temps, le gouvernement congolais annonçait l’éruption d’un petit volcan voisin du Nyiragongo, avant d’annoncer qu’il s’agissait d’une « fausse alerte ».

Situation «grave» mais «sous contrôle»

La situation est « grave », mais « sous contrôle » après l’éruption du volcan Nyiragongo et l’évacuation de plusieurs centaines de milliers d’habitants de la ville de Goma, a assuré samedi le président congolais Félix Tshisekedi, en réponse aux critiques croissantes sur la gestion de la crise par le gouvernement.

« La situation est certes grave, mais elle est contrôlée », a déclaré au cours d’une conférence de presse le président, qui a jugé qu’il « fallait absolument évacuer la ville », en référence à l’évacuation soudaine et chaotique de jeudi dernier, alors « qu’on ne sait toujours pas ce qu’il peut se passer ».

« Il y a une coulée souterraine de lave qui peut surgir à tout moment n’importe où dans la ville », a-t-il rappelé, « déconseillant vivement de rentrer à Goma ».

« Nous avons un problème de déplacés, mais au moins sont-ils en vie, les faire revenir (dans les circonstances actuelles) serait très dangereux », a souligné le chef de l’État.

Ces déplacés, estimés à environ 400 000 par le gouvernement, « ont fui dans plusieurs directions », et « il est difficile d’avoir leur nombre exact pour organiser une prise en charge efficace, voilà pourquoi il y a eu un temps qui s’est passé », a-t-il expliqué, alors que les critiques enflent dans le pays sur la gestion de l’éruption soudaine du 22 mai, et surtout l’évacuation de jeudi ordonnée sans aucune organisation apparente ou soutien logistique, malgré les promesses des autorités.

« Pifomètre »

Beaucoup avaient déjà vu dans l’éruption du 22 mai une illustration des « faillites de l’État », « aucun dispositif d’alerte n’ayant fonctionné », faute de budget notamment, et « d’une gestion au pifomètre », avait ainsi estimé le journal EcoNews, jugeant que « la population a eu l’impression d’avoir été abandonnée à son triste sort ».

Après l’éruption, le gouvernement a dépêché, à grand renfort de déclarations rassurantes, une grosse délégation ministérielle à Goma, lançant travaux, enchaînant promesses d’aide et visites de « réconfort » aux sinistrés.

Mais les conditions de l’évacuation de jeudi ont ravivé les critiques. « L’État a décidé l’évacuation de la population de #Goma et #Nyiragongo sans AUCUNE aide apportée », a ainsi fustigé sur twitter le collectif d’activistes Lucha.

« Mettre des véhicules à disposition lors de l’évacuation, c’est très difficile », a reconnu à ce propos le président Tshisekedi.

« Aujourd’hui nous sommes en voie de pouvoir commencer à déployer de l’eau potable ainsi que des vivres » sur les sites où ils ont trouvé refuge, a-t-il néanmoins affirmé.

« Ces déplacés ne le sont que pour quelque temps, le plus grand travail sera à Goma, où il y a 5 000 maisons détruites » par les coulées de lave, a-t-il anticipé, tout en promettant d’organiser des convois de retours.

Il a par ailleurs lancé un « appel aux dons », même si « un budget sera dégagé », dont la gestion sera « transparente ». Et de promettre également « de se rendre sur place, dès la réouverture des aéroports, “pour apporter réconfort et soutien” à ses compatriotes.

Ces déclarations interviennent quelques heures après une grosse bourde du gouvernement, qui a annoncé par erreur l’éruption d’un petit volcan voisin du Nyiragongo, faisant croire à une nouvelle catastrophe.

Du magma sous Goma

Le Nyiragongo était entré en éruption sans aucun signe précurseur le 22 mai. Deux immenses coulées de lave s’étaient échappées des flancs du volcan. Au moins 34 personnes ont trouvé la mort, et entre 900 et 2 500 habitations ont été détruites.

Selon un dernier rapport samedi de l’OVG, 61 tremblements de terre se sont produits au cours des dernières 24 heures, des séismes «cohérents avec la poursuite du mouvement du magma dans le système des fissures du Nyiragongo vers le lac Kivu».

Ces séismes ont nettement ralenti depuis 48 heures.

L’OVG liste désormais trois scénarios principaux pour les jours à venir : «le magma reste sous terre sans éruption», avec ou sans la poursuite des secousses ; ou les tremblements de terre se poursuivent et la lave réapparaît sur la terre ferme, possiblement dans les fissures qui fracturent le sol de la cité.

Une quatrième hypothèse catastrophe, celle d’un «glissement de terrain ou un grand tremblement de terre déstabilisant les eaux profondes du lac et provoquant l’émergence de gaz dissous», est désormais jugée «beaucoup moins probable», mais «ne peut être exclue».

Samedi, la capitale du Nord-Kivu, en grande partie vidée, a retrouvé néanmoins un semblant de calme et de normalité.

Le gouvernement fait désormais face à une crise humanitaire d’ampleur, une de plus dans une région déjà meurtrie depuis trois décennies par les violences des groupes armés. Parmi les multiples urgences, la question de l’accès à l’eau consommable, avec les risques d’épidémie liés, s’avère particulièrement aigüe, selon l’ONU, le CICR et les ONG.

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