Nouvelle étape dans la transition tchadienne

Depuis sa mise en place au lendemain de la mort soudaine du chef de l’État, le Conseil militaire de transition (CMT), présidé par Mahamat Idriss Déby (sur la photo) entouré de 14 généraux, est accusé par l’opposition et la société civile de «coup d’État institutionnel».
Photo: Christophe Petit Tesson / Pool / Agence France-Presse Depuis sa mise en place au lendemain de la mort soudaine du chef de l’État, le Conseil militaire de transition (CMT), présidé par Mahamat Idriss Déby (sur la photo) entouré de 14 généraux, est accusé par l’opposition et la société civile de «coup d’État institutionnel».

Deux semaines après la mort du président tchadien Idriss Déby Itno, la junte au pouvoir, dirigée par son fils Mahamat Idriss Deby, a nommé dimanche un gouvernement de transition pour répondre aux inquiétudes internationales et intérieures. Depuis sa mise en place au lendemain de la mort soudaine du chef de l’État, le Conseil militaire de transition (CMT), présidé par Mahamat Idriss Déby entouré de 14 généraux, est accusé par l’opposition et la société civile de « coup d’État institutionnel » et de perpétuer une « dynastie » après trente ans de pouvoir d’Idriss Déby Itno.

Mais Saleh Kebzabo, principal opposant au maréchal Déby, a reconnu dimanche les nouvelles autorités et deux membres de son parti, l’Union nationale pour la Démocratie et le Renouveau (UNDR), ont été nommés aux postes de ministre de l’Élevage et de secrétaire général adjoint du gouvernement. « On reconnaît l’autorité du CMT, sinon on ne va pas être au gouvernement », a déclaré à l’AFP M. Kebzabo, qui n’entre pas lui-même au gouvernement, fort de 40 ministres et secrétaires d’État.

Un autre opposant à Idriss Déby Itno, Mahamat Ahmat Alhabo, du Parti pour les Libertés et le Développement (PLD), a été nommé ministre de la Justice. Mais la plupart des ministères régaliens restent aux mains du Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti du défunt président, selon la liste annoncée dimanche soir à la télévision d’État par le porte-parole de l’armée, le général Azem Bermandoa Agouna.

Plusieurs anciens ministres du dernier gouvernement d’Idriss Déby Itno ont été reconduits dans leur précédent portefeuille ou nommés à un autre ministère. Par décret, le président du CMT a également créé un nouveauministère de la Réconciliation et du Dialogue, après avoir récemment promis d’organiser un « dialogue inclusif ». À sa tête, il a nommé une figure de la vie politico-militaire tchadienne : Acheick Ibn Oumar, ancien chef rebelle qui était devenu en 2019 conseiller diplomatique du président Déby.

Une « union sacrée »

Lundi, Mahamat Idriss Deby avait nommé Albert Pahimi Padacké au poste de premier ministre de transition. Dernier premier ministre d’Idriss Déby Itno avant que ce dernier ne supprime le poste en 2018, M. Pahimi Padacké avait promis un « gouvernement de réconciliation nationale » et plaidé pour une « union sacrée pour sauver la Nation ». Mais le lendemain de sa nomination, opposition et société civile avaient appelé à des manifestations contre la junte militaire. Au moins six personnes sont décédées lors de ces marches, interdites comme il est d’usage au Tchad. Plus de 650 autres ont été interpellées, pour la plupart relâchées ensuite. D’autres marches d’ampleur moindre se sont déroulées depuis : mercredi, puis samedi dans le sud du pays. Toutes ont été interdites puis réprimées par les forces de sécurité.

Le CMT a promis des « élections libres et démocratiques » dans 18 mois. En attendant, la Charte de transition prévoyait la mise en place d’un gouvernement de transition, dont les membres sont nommés et révoqués par le président du CMT. Celui-ci est également « le chef suprême des Armées » et préside en outre « le Conseil des ministres, les conseils et comités supérieurs de défense nationale », selon la charte de transition.

Une mission de la Commission de l’Union africaine est à N’Djamena depuis jeudi afin d’enquêter sur d’éventuelles sanctions à l’égard de la junte. Cette mission, d’une durée initiale de sept jours, mais qui devrait finalement repartir plus tôt selon un de ses membres, doit « examiner les stratégies visant à faciliter un retour rapide à l’ordre constitutionnel et à la gouvernance démocratique ».

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