Au Mozambique, la ville portuaire de Palma est tombée aux mains des djihadistes

Après le transfert de 1400 travailleurs et civils à Pemba, port situé à quelque 200 km au sud, pirogues et bateaux à voile traditionnels, chargés de réfugiés, continuent à affluer, selon des témoins et ONG.
Alfredo Zuniga Agence France-Presse Après le transfert de 1400 travailleurs et civils à Pemba, port situé à quelque 200 km au sud, pirogues et bateaux à voile traditionnels, chargés de réfugiés, continuent à affluer, selon des témoins et ONG.

Le groupe armé État islamique (EI) a revendiqué lundi la série d’attaques des derniers jours contre la ville portuaire de Palma, au Mozambique, devenue une ville fantôme alors que des milliers de civils continuent à fuir par tous les moyens.

Par l’entremise de son agence de propagande, le groupe EI a affirmé lundi qu’il contrôlait la ville de quelque 75 000 habitants. « Des casernes militaires et des quartiers généraux du gouvernement » ont été visés pendant l’assaut lancé mercredi dernier, a-t-il indiqué, annonçant la mort de dizaines de militaires mozambicains « et de chrétiens, dont des ressortissants d’États ».

Selon le gouvernement mozambicain, les attaques ont fait des dizaines de morts et au moins une centaine de disparus. Un ressortissant du Royaume-Uni figure parmi les victimes, selon le quotidien britannique The Times.

Les Nations unies ont « fermement » condamné lundi les attaques terroristes, se disant « profondément préoccupées par la situation toujours en évolution à Palma ». Les États-Unis se sont quant à eux dits « déterminé » à assister le gouvernement mozambicain contre les djihadistes. Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, n’a toutefois pas précisé de quelle manière l’armée américaine pourrait aider les autorités à reprendre le contrôle de la ville portuaire.

Une centaine d’assaillants

Mercredi dernier, le raid djihadiste a été mené dans trois endroits de la ville, situés à une dizaine de kilomètres seulement d’un mégaprojet gazier de plusieurs milliards de dollars piloté par le groupe français Total. Le signal semble avoir été l’arrivée prévue d’un bateau rempli de nourriture, selon plusieurs témoins interrogés par l’AFP.

L’attaque aurait immédiatement suivi son accostage. « Ça a commencé juste après l’arrivée du gros navire », a confié un homme, sous le couvert de l’anonymat, qui a quitté Palma à pied pour se réfugier 180 kilomètres plus loin dans les terres. « Ils voulaient la nourriture. Ils ont attaqué la ville et apporté des camions pour décharger la nourriture qui venait d’arriver. »

Le chargement était destiné à alimenter les commerces de la ville, d’après les témoignages récoltés. Mais aussi à distribuer de l’aide aux personnes déplacées, nombreuses à Palma, après avoir quitté leurs villages en raison, déjà, de violences djihadistes.

Selon plusieurs experts, les djihadistes pourraient avoir été aisément une centaine. Des témoins ont également raconté que plusieurs d’entre eux se sont infiltrés incognito en ville quelques jours avant l’attaque, se logeant chez des habitants. Depuis, plusieurs résidents de Palma, interrogés par messagerie, décrivent une ville fantôme largement abandonnée.

Aide humanitaire

Lundi, humanitaires et agences onusiennes se concertaient pour aider les milliers de civils qui ont pris la route de l’exode. Entre 6000 et 10 000 personnes se trouvaient dans le périmètre du site gazier de Total, selon une source participant aux opérations d’évacuation. Ils sont arrivés par vagues, frappant à la porte du site ultrasécurisé de milliers d’hectares.

Total a soutenu dans un communiqué fournir « une aide humanitaire et logistique » à ce « nombre important de civils ». Le géant énergétique, qui espérait une reprise rapide des travaux de construction du site censé être opérationnel en 2024, y a renoncé samedi.

Après le transfert de 1400 travailleurs et civils à Pemba, port situé à quelque 200 kilomètres au sud, pirogues et bateaux à voile traditionnels, chargés de réfugiés, continuent à affluer, selon des témoins et ONG. Les militaires, persuadés que des djihadistes se cachent parmi les réfugiés, ont néanmoins bloqué l’accès à la plage, a constaté un photographe de l’AFP sur place.

Les groupes armés, qui terrorisent cette région frontalière avec la Tanzanie depuis 2017, sont montés en puissance depuis un an, multipliant les attaques sanglantes.

Contrôlant le port stratégique de Mocimboa da Praia depuis août 2020, ils poursuivent, avec la prise de Palma, leur « stratégie littorale », comme le souligne un expert sécuritaire français à l’AFP : complexifier le soutien logistique de la base gazière, désormais « uniquement accessible et ravitaillable par voie maritime depuis Pemba ».

La sécurité sur les routes de la région est déjà compromise depuis de nombreux mois.

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