En Égypte, le temps presse pour débloquer le canal de Suez

Selon la presse d’État égyptienne, le président Abdel Fattah al-Sissi a ordonné des «préparations» pour alléger le navire de ses conteneurs. Cette dernière solution, qui pourrait prendre des semaines, sera retenue si le dragage devient inefficace.
Photo: Suez Canal Authority via Associated Press Selon la presse d’État égyptienne, le président Abdel Fattah al-Sissi a ordonné des «préparations» pour alléger le navire de ses conteneurs. Cette dernière solution, qui pourrait prendre des semaines, sera retenue si le dragage devient inefficace.

Les autorités égyptiennes ont poursuivi dimanche les opérations pour tenter de dégager le canal de Suez bloqué depuis six jours par un gigantesque porte-conteneurs, perturbant l’ensemble du commerce maritime et occasionnant chaque jour des milliards de dollars de pertes. Si le navire de 400 mètres de longueur a résisté aux dernières tentatives de renflouement, une marée haute attendue en soirée pourrait faciliter la tâche des sauveteurs.

De nouvelles opérations ont été menées pour renflouer l’Ever Given — près de 220 000 tonnes — coincé depuis mardi en diagonale du canal, bloquant complètement cette voie d’eau d’environ 300 mètres de largeur parmi les plus fréquentées du monde. Le canal de Suez, long de quelque 190 km, voit passer environ 10 % du commerce maritime international et chaque journée d’indisponibilité entraîne d’importants retards et coûts.

Une douzaine de remorqueurs, ainsi que des dragues pour aspirer le sable sous le navire dont l’étrave est encastrée dans la rive, sont mobilisés. Le porte-parole de l’Autorité égyptienne du canal de Suez (SCA), George Safwat, précisait samedi matin que quelque27 000 m3 de sable avaient déjà été dégagés, à 18 mètres de profondeur.

Mais les autorités reconnaissent rencontrer des difficultés, notamment en raison de la nature « rocheuse » du sol. Selon Ihab Talaat el-Bannane, ancien amiral égyptien, « l’accident s’est produit dans la partie du canal où le sol est rocheux et qui avait d’ailleurs été le plus difficile à creuser ».

Selon la presse d’État égyptienne, le président Abdel Fattah al-Sissi a ordonné des « préparations » pour alléger le navire de ses conteneurs. Cette dernière solution, qui pourrait prendre des semaines, sera retenue si le dragage devient inefficace. « À un moment donné, les spécialistes du sol vont devoir arrêter le creusement pour ne pas provoquer un effondrement du sol au-dessus du navire », selon l’ancien amiral el-Bannane.

L’amiral Ossama Rabie, président de la SCA, s’était montré optimiste samedi soir. Selon lui, le navire a « bougé de 30 degrés sur la droite et la gauche » pour la première fois, « un bon indicateur ».

« Des sources proches de l’opération de sauvetage m’ont dit ce matin […] qu’ils espéraient que le navire puisse être débloqué dans 24 à 48 heures », a gazouillé dimanche Richard Meade,rédacteur en chef de la revue spécialisée dans le transport maritime Lloyd’s List.

L’assureur Allianz a estimé vendredi que chaque jour d’immobilisation pourrait coûter entre 6 et 10 milliards de dollars au commerce mondial. Et les premières conséquences se font déjà sentir : la Syrie a indiqué samedi avoir commencé à rationner les carburants, étant donné le retard de livraison d’une cargaison de pétrole.

En attendant la reprise du trafic, plusieurs acteurs du transport maritime international, comme Maersk ou CMA CGM, ont décidé de dérouter certains navires et de passer par le cap de Bonne-Espérance, autour du continent africain.

Alors que les vents violents combinés à une tempête de sable avaient d’abord été pointés du doigt pour expliquer l’incident, M. Rabie a évoqué samedi une possible « erreur humaine » parmi les raisons de l’échouement.

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