L’éléphant de forêt d’Afrique est en danger d’extinction

Plus petit que son cousin des savanes et vivant essentiellement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, l’éléphant de forêt a vu sa population chuter de 86% en 30 ans.
Photo: Florent Vergnes Agence France-Presse Plus petit que son cousin des savanes et vivant essentiellement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, l’éléphant de forêt a vu sa population chuter de 86% en 30 ans.

Menacé par la destruction de son habitat et par le braconnage, l’éléphant de forêt d’Afrique est désormais « en danger critique d’extinction », a mis en garde jeudi l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Cette espèce, plus petite que son cousin des savanes et vivant essentiellement dans les forêts d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, a vu sa population chuter de 86 % en 30 ans. À tel point que l’UICN inclut maintenant le Loxodonta cyclotis dans sa liste rouge des espèces menacées.

La population des éléphants de savane (Loxodonta africana) a pour sa part plongé d’au moins 60 % ces 50 dernières années, considérés comme « en danger » pour le moment par l’UICN.

Fait à noter : l’organisation distingue désormais les deux espèces d’éléphants qu’on trouve sur le continent africain, soit de forêt et de savane. Une décision qu’elle a prise en s’appuyant sur la base de l’étude du génome par des experts, a-t-elle indiqué.

Pour Bruno Oberle, directeur général de l’UICN, la classification des deux espèces « souligne les pressions constantes auxquelles doivent faire face ces animaux emblématiques ».

Pente escarpée

Il y a 50 ans, environ 1,5 million d’éléphants sillonnaient toute l’Afrique. On n’en dénombre plus que 415 000, selon le plus récent recensement des grands mammifères en 2016. Le prochain n’est pas attendu avant 2021 ou 2023.

Les éléphants de forêt occupent aujourd’hui seulement un quart de leur territoire originel et les populations les plus importantes se trouvent au Gabon et au Congo. L’éléphant de savane préfère pour sa part un habitat plus ouvert en Afrique subsaharienne.

« Ce sont vraiment des baisses marquées », réagit en entrevue Benson Okita-Ouma, co-président du groupe des spécialistes des éléphants d’Afrique au sein de l’UICN. Ce déclin devrait d’ores et déjà « sonner l’alarme », estime celui qui fait également partie de l’organisme Save the Elephants.

Les éléphants ne vont pas disparaître d’Afrique du jour au lendemain, ajoute-t-il, mais « cette classification doit nous servir d’avertissement que si nous n’inversons pas le cours des choses, nous avons de bonnes chances de voir ces animaux frappés d’extinction ».

« C’est le monde entier qui doit comprendre que nous sommes sur une pente escarpée, en termes de survie de ces éléphants », insiste Benson Okita-Ouma.

Braconnage et habitat détruit

La chute du nombre d’individus pour les deux espèces s’est accélérée depuis 2008, quand le braconnage pour les défenses en ivoire s’est intensifié. Après avoir atteint son apogée en 2011, le phénomène a perdu en intensité, mais il continue néanmoins de menacer les éléphants, souligne l’UICN.

Au-delà du braconnage, M. Okita-Ouma s’inquiète surtout de la destruction de l’habitat des éléphants pour augmenter la surface des terres agricoles ou l’exploitation forestière. « Si nous ne planifions pas correctement notre exploitation de la terre, il y aura des formes indirectes de mort » même si nous devions stopper le braconnage et autres abattages illégaux.

Le portrait n’est pas totalement noir, souligne par ailleurs l’UICN dans la mise à jour de sa liste rouge des espèces menacées. L’organisation met aussi l’accent sur des aspects plus positifs, comme les succès en matière de conservation au Gabon et au Congo dans des zones protégées bien gérées.

Dans le sud de l’Afrique, le nombre d’éléphants de savane est aussi stable, voire en croissance, dans la zone de conservation transfrontalière du Kavango-Zambèze. « Plusieurs pays africains ont montré la voie ces dernières années, prouvant qu’on pouvait inverser la tendance », insiste le directeur général de l’UICN, Bruno Oberle.

La pandémie a elle aussi une incidence sur les efforts de protection de la nature en privant les pays des revenus du tourisme qui servaient à financer en partie ces efforts. À l’inverse, la chute de l’activité humaine a permis aux éléphants de « recoloniser » certaines zones dont l’activité humaine les avait chassés.

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