En Algérie, un remaniement qui rate sa cible?

Plusieurs centaines de manifestants se sont réunis dimanche à Paris, en France, pour notamment réclamer un «changement radical» du système politique en Algérie.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse Plusieurs centaines de manifestants se sont réunis dimanche à Paris, en France, pour notamment réclamer un «changement radical» du système politique en Algérie.

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a procédé dimanche à un remaniement de son gouvernement très attendu, mais sans changement d’équipe majeur face au mouvement de protestation populaire du Hirak qui marque lundi son deuxième anniversaire.

Le premier ministre, Abdelaziz Djerad, pourtant critiqué, reste à son poste, tout comme les détenteurs des ministères régaliens, selon la liste publiée par la présidence de la République. Partent le ministre de l’Énergie, Abdelmadjid Attar, chargé d’une rente pétrolière sur le déclin, et son collègue de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, qui paie sa gestion du dossier de la relance de l’industrie automobile. Les ministres des Ressources en eau, du Tourisme, de l’Environnement et des Travaux publics quittent également le gouvernement.

En revanche, le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, symbole de la lutte anticorruption, mais aussi de la répression judiciaire contre l’opposition et les militants du Hirak, conserve son portefeuille, tout comme le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, qui a la haute main sur les médias.

Avant de s’envoler pour Berlin début janvier pour y être soigné en raison de « complications » post-COVID-19, M. Tebboune avait pourtant exprimé publiquement son insatisfaction devant l’action du gouvernement Djerad. « Ce remaniement concernera des secteurs qui enregistrent des déficits dans leur gestion ressentis par les citoyens et nous-mêmes », avait-il alors promis.

Des changements jugés cosmétiques

« Le remaniement ne me concerne pas, ce sont les mêmes pions, a réagi en entrevue un militant, Zaki Hannache. C’est la même chose pour le Parlement, les nouveaux [députés] travailleront comme le régime actuel pour leurs propres intérêts. Ils ne travaillent pas pour le peuple. »

Le président Tebboune avait auparavant dissous l’Assemblée populaire nationale (APN), la Chambre basse du Parlement, ouvrant comme prévu la voie à des élections législatives anticipées dans les six mois. Aucune date n’a encore été fixée pour le scrutin, mais la classe politique table sur le mois de juin.

Selon la Constitution, les élections doivent avoir lieu dans un délai de trois mois. Dans le cas où ces élections ne peuvent être organisées avant cette échéance, le scrutin peut être prorogé d’une durée unique de trois mois.

Dans un discours à la nation, jeudi soir, le président Tebboune avait annoncé la dissolution de l’ANP et l’organisation d’élections locales et législatives anticipées pour faire face à la triple crise politique, économique et sanitaire qui ébranle l’Algérie. Il avait aussi promis de remanier le gouvernement dans « les 48 heures ». Un remaniement qui aura pris finalement plus de temps que prévu.

Pour tenter de répondre à la rue, M. Tebboune avait également décrété jeudi une grâce présidentielle en faveur d’une soixantaine de détenus d’opinion, un geste d’apaisement adressé au mouvement de protestation populaire du Hirak. Depuis, près de 40 prisonniers ont été libérés, dont l’opposant Rachid Nekkaz et le journaliste Khaled Drareni, devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse.

Mais malgré le discours du chef de l’État, des appels à manifester lundi dans tout le pays, notamment à Alger, pour l’anniversaire du Hirak, circulent sur les réseaux sociaux, après plusieurs rassemblements en province cette semaine.

Le Hirak a dû suspendre en mars ses manifestations hebdomadaires en raison de l’épidémie de coronavirus. Déclenché le 22 février 2019, le Hirak avait poussé le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies, à la démission deux mois plus tard.

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