L’Algérie libère plus de 30 détenus d’opinion

Plus de 30 détenus d’opinion en Algérie, dont le journaliste et militant Khaled Drareni, ont été libérés vendredi à la faveur d’une grâce présidentielle.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Plus de 30 détenus d’opinion en Algérie, dont le journaliste et militant Khaled Drareni, ont été libérés vendredi à la faveur d’une grâce présidentielle.

Plus de 30 détenus d’opinion en Algérie, dont le journaliste et militant Khaled Drareni, ont été libérés vendredi à la faveur d’une grâce présidentielle accordée à trois jours du deuxième anniversaire du soulèvement populaire du Hirak. « Au total, 33 personnes ont été libérées jusqu’ici. Les procédures sont en cours pour le reste », a indiqué un communiqué du ministère de la Justice sans préciser de noms.

Des photos et vidéos relayées sur les réseaux sociaux ont montré des détenus retrouvant leurs proches dans plusieurs régions, dont ceux emprisonnés au centre pénitentiaire de Koléa, près d’Alger. Parmi eux, Khaled Drareni, devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, qui a été condamné à deux ans de prison en septembre dernier pour « incitation à attroupement non armé » et « atteinte à l’unité nationale ».

Correspondant en Algérie de la chaîne TV5 Monde et de Reporters sans frontières (RSF), M. Drareni avait couvert le mouvement de contestation populaire inédit du Hirak, notamment par l’intermédiaire de ses comptes sur les réseaux sociaux, avant la suspension des manifestations à cause de la pandémie de COVID-19.

Selon l’un de ses avocats, Abdelghani Badi, il s’agit d’une mesure de « liberté provisoire ». Le journaliste est en attente d’une décision de la Cour suprême le 25 février sur son pourvoi en cassation. Sa condamnation avait suscité l’indignation en Algérie et à l’étranger.

L’opposant Rachid Nekkaz fait aussi partie des détenus libérés, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD). Incarcéré à la prison d’El Bayadh (sud-ouest), il avait commencé une grève de la faim plus tôt dans la journée pour protester contre sa détention prolongée, sans jugement, malgré la détérioration de son état de santé selon son entourage.

Dans son discours à la nation jeudi, le président Abdelmadjid Tebboune a déclaré : « Le “Hirak béni” a sauvé l’Algérie. J’ai décidé d’accorder une grâce présidentielle […] Entre 55 et 60 personnes rejoindront leurs familles ». Selon les derniers chiffres du CNLD avant ces libérations, quelque 70 personnes étaient détenues en lien avec le Hirak ou les libertés individuelles.

« Le peuple n’est pas satisfait des décisions du gouvernement, nous voulons construire un pays indépendant et libre, et cette grâce est loin d’être suffisante », a réagi devant l’AFP Moussa Abdelli, un chauffeur de taxi de 57 ans. Plusieurs militants ont par contre salué ces libérations, alors que le pays est miné par une triple crise politique, économique et sanitaire. Des manifestations ont eu lieu mardi et vendredi dans plusieurs villes et des appels à manifester lundi dans tout le pays circulent sur les réseaux sociaux.

Avec Sasabil Chellali Agence France-Presse

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