L'Afrique du Sud suspend sa campagne de vaccination contre la COVID-19

L’Afrique du Sud est officiellement le pays du continent le plus touché par le nouveau coronavirus avec près de 1,5 million de cas d’infection et plus de 46 000 décès.
Alain Jocard Agence France-Presse L’Afrique du Sud est officiellement le pays du continent le plus touché par le nouveau coronavirus avec près de 1,5 million de cas d’infection et plus de 46 000 décès.

L’Afrique du Sud a suspendu temporairement dimanche son programme de vaccination contre la COVID-19 après une étude révélant une efficacité « limitée » du vaccin d’AstraZeneca contre le variant sud-africain.

Cette étude, réalisée par l’Université du Witwatersrand à Johannesburg, affirme que le vaccin britannique offre une « protection limitée contre les formes modérées de la maladie dues au variant sud-africain » chez les jeunes adultes.

« Nous devons suspendre les vaccins AstraZeneca jusqu’à ce que nous ayons résolu ces problèmes », a déclaré en point de presse le ministre sud-africain de la Santé, Zweli Mkhize.

Selon les premiers résultats de l’étude en question, réalisée auprès de 2000 volontaires âgés en moyenne de 31 ans, ce vaccin est efficace à seulement 22 % contre les formes modérées du variant sud-africain. Elle ne permet toutefois pas « de statuer » sur l’efficacité du vaccin contre les formes graves de la maladie, les hospitalisations et les décès, car « la population ciblée était à faible risque », juge l’Université du Witwatersrand. L’étude n’a pas encore été révisée par les pairs.

« Nous pensons que notre vaccin protégera quand même contre les formes graves de la maladie », a affirmé pour sa part un porte-parole d’AstraZeneca, contacté par l’Agence France-Presse. « L’activité des anticorps neutralisants est semblable à celle d’autres vaccins contre la COVID-19 qui se sont montrés efficaces contre les formes graves, en particulier lorsque les doses sont espacées de 8 à 12 semaines », a-t-il nuancé.

Selon Sarah Gilbert, chercheuse qui dirige le développement du vaccin à l’Université d’Oxford, cela pourrait aussi prendre « un certain temps » avant de pouvoir déterminer l’efficacité du vaccin contre cette souche chez les personnes âgées. « Une version [du vaccin AstraZeneca-Oxford] avec la séquence du variant sud-africain est en préparation », a-t-elle affirmé à la BBC.

Nouvelles stratégies

« Ces résultats nous obligent à repenser notre façon d’aborder la pandémie », a estimé Shabir Madhi, professeur en vaccinologie à l’Université duWitwatersrand, responsable de l’étude en Afrique du Sud.

« Dans les quatre prochaines semaines, nous aurons des vaccins Johnson & Johnson et Pfizer », a dit de son côté le ministre sud-africain de la Santé. Des discussions avec d’autres laboratoires sont également en cours, notamment avec Moderna et le fabricant du vaccin russe Spoutnik V, a-t-il ajouté, alors que le pays a récemment annoncé avoir réservé 20 millions de vaccins Pfizer-BioNTech.

À la traîne dans la course mondiale à la vaccination, l’Afrique du Sud, officiellement le pays du continent le plus touché par le virus avec près de 1,5 million de cas et plus de 46 000 décès, a reçu sa première livraison d’un million de vaccins dimanche soir. Il s’agit, pour la totalité, de vaccins AstraZeneca-Oxford produits par le Serum Institute of India. Ces premières doses étaient destinées en priorité aux 1,2 million de travailleurs de la santé.

Les 1,5 million de vaccins d’AstraZeneca obtenus par l’Afrique du Sud, qui seront périmés en avril, seront conservés jusqu’à ce que les scientifiques donnent des indications claires sur leur utilisation, a précisé le ministre Mkhize.

En Grande-Bretagne, le secrétaire d’État britannique chargé des vaccins, Nadhim Zahawi, a indiqué dimanche que le gouvernement comptait poursuivre son programme de vaccination de masse « aussi rapidement que possible », et mettre en place des « tests hyperlocaux » dans les zones où sera détectée la souche sud-africaine.

Le vaccin AstraZeneca-Oxford a été approuvé par plusieurs autres pays et par l’Union européenne. Mais certains pays ont préféré le recommander uniquement pour les moins de 65 ans, faute de données suffisantes sur les personnes plus âgées.

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