Chaque camp revendique des victoires au Tigré

Les combats qui opposent l’armée éthiopienne et les forces tigréennes  ont poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir le pays.
Ebrahim Hamid Agence France-Presse Les combats qui opposent l’armée éthiopienne et les forces tigréennes ont poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir le pays.

Le gouvernement éthiopien et les autorités de la région dissidente du Tigré ont revendiqué mercredi, chacun de leur côté, d’importantes victoires militaires dans le conflit qui les oppose depuis deux semaines, entré selon Addis Abeba dans sa phase « finale ».

« L’armée gagne sur tous les fronts », a affirmé mercredi Berhanu Jula, le chef de l’armée éthiopienne. « Le plan du [Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF)] de pousser l’Éthiopie vers une guerre civile et de la désintégrer a échoué et le TPLF est actuellement aux abois, car il est cerné », a-t-il ajouté.

De leur côté, les forces tigréennes ont également revendiqué des victoires militaires dans cette région du nord du pays, sans donner de précisions géographiques. « Nous infligeons de lourdes défaites sur tous les fronts à la force qui est venue nous attaquer », a déclaré le président du Tigré, Debretsion Gebremichael, par voie de communiqué. « J’appelle tous les Tigréens à sortir en masse pour repousser les envahisseurs et pour continuer à infliger de lourdes pertes et défaites à l’ennemi. »

La réalité de la situation sur le terrain est difficile à évaluer en raison d’une coupure complète des communications dans la région et des restrictions imposées aux déplacements des journalistes.

Mardi soir, le gouvernement éthiopien affirmait contrôler plusieurs villes de l’est du Tigré, notamment Mehoni, située à 125 km au sud de la capitale régionale Mekele, vers laquelle son armée était « en train d’avancer ». Addis Abeba a par ailleurs accusé le TPLF d’avoir détruit quatre ponts qui mènent à Mekele.

Le gouvernement, qui affirme contrôler depuis plusieurs jours l’ouest du Tigré, a aussi indiqué mardi soir avoir pris Shire, une localité du Nord abritant des camps de réfugiés érythréens, et « avancer » vers Aksoum, haut lieu de la religion éthiopienne orthodoxe.

Coûts humains

Pour rappel, le premier ministre Abiy Ahmed — Prix Nobel de la paix en 2019 — a envoyé l’armée fédérale à l’assaut du Tigré le 4 novembre dernier, après des mois de tensions avec les autorités du TPLF. L’armée éthiopienne a mené depuis plusieurs séries de frappes aériennes, visant officiellement des objectifs militaires comme des dépôts d’armes et de carburant.

Au sol, les combats ont fait plusieurs centaines de morts et poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir vers le Soudan voisin (voir encadré).

Au Tigré, la branche éthiopienne de la Croix-Rouge a « transporté des centaines de personnes blessées dans les zones touchées par des combats », indique le Comité international de la Croix-Rouge. Les hôpitaux du Tigré et de l’Amhara, région frontalière située au Sud, ont « urgemment besoin » de lits supplémentaires, a-t-on fait savoir.

Après avoir visé deux aéroports en territoire amhara, le TPLF a tiré samedi des roquettes sur la capitale de l’Érythrée voisine. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, y a vu une tentative des autorités tigréennes de « déstabiliser la région ».

Le vice-premier ministre éthiopien, Demeke Mekonnen, a été reçu par plusieurs chefs d’État est-africains (Ouganda, Kenya, Rwanda) qui ont tous appelé au retour rapide de la paix. Un autre responsable éthiopien s’est rendu lundi à Djibouti, qui a offert son aide pour parvenir à une résolution pacifique de la crise.

Addis Abeba a affirmé mardi entrer dans la phase « finale » de cette opération militaire. Le même jour, le ministre de la Défense, Kenea Yadeta, a déclaré qu’elle se terminerait « probablement dans moins de 10 à 15 jours », dans une entrevue à la télévision allemande DW.

Mais selon des sources diplomatiques, il est loin d’être évident que les forces fédérales parviennent à défaire rapidement le TPLF, qui possède d’importants équipements militaires et compterait quelque 250 000 soldats (force paramilitaire et milice) bien entraînés à ces terrains montagneux.

Les effectifs de l’armée éthiopienne sont estimés à 150 000 hommes, sans compter les forces spéciales ainsi que les milices.

Afflux de réfugiés au Soudan

Le nombre de réfugiés éthiopiens arrivés au Soudan, après voir fui les combats dans la région dissidente du Tigré, s’élevait mercredi à 36 000, a affirmé à l’AFP le chef de la Commission soudanaise des réfugiés. « Nous avons décidé d’ouvrir dans l’État de Gedaref un nouveau camp à Oum Tinetba », à 150 km de la frontière, a indiqué Abdallah Soliman, précisant que des équipes techniques sont déjà sur le terrain pour commencer les travaux.

Face à l’afflux incessant de nouveaux arrivants, M. Soliman a demandé à l’État voisin de Kassala d’octroyer à la commission un terrain pour ouvrir un autre camp. « Si la situation empire, nous avons l’intention d’ouvrir deux autres camps dans les États de Jezira et de Sennar », a-t-il dit. Les autorités soudanaises ont évoqué le chiffre de 200 000 réfugiés éthiopiens si la guerre se prolonge.

L’ONG Islamic Relief, qui intervient sur place, a qualifié de « cauchemar » les conditions d’accueil des réfugiés, principalement des enfants, des femmes et des personnes âgées, qui n’ont pour la plupart accès ni « à de la nourriture ni à l’eau courante ».