Un accord de paix historique formalisé au Soudan

Il y a deux semaines, des manifestants réclamaient à Karthoum davantage de réformes, un an après la chute du régime d'Omar el-Béchir.
Photo: Marwan Ali Associated Press Il y a deux semaines, des manifestants réclamaient à Karthoum davantage de réformes, un an après la chute du régime d'Omar el-Béchir.

L’accord de paix historique destiné à éteindre une guerre de dix-sept ans au Soudan, en particulier dans le Darfour où des centaines de milliers de personnes ont été tuées, a été paraphé lundi par les autorités soudanaises et plusieurs mouvements rebelles.

Les accords ont été paraphés en deux temps lors d’une cérémonie à Juba, au Soudan du Sud : d’abord les mouvements rebelles du Darfour, où la guerre commencée en 2003 a fait dans les premières années au moins 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU, puis le mouvement rebelle du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, où la guerre a affecté un million de personnes.

Entre le passage de chaque groupe de signataires, un chanteur accompagné d’un orchestre entonnait des chants traditionnels.

Pour les autorités, c’est en uniforme militaire kaki que Mohamed Hamdan Daglo, vice-président du Conseil souverain et accusé d’avoir commis des « atrocités » au Darfour durant la guerre civile, a signé l’accord.

Il s’agit d’une occasion pour la réconciliation. Nous devons reconnaître que nous avons commis des erreurs, mais il est temps d’ouvrir une nouvelle page.

 

Encore plus symbolique : les ennemis d’hier, M. Daglo et les chefs des mouvements rebelles, regroupés au sein du Front révolutionnaire soudanais (FRS), se sont serré la main et ont même entrepris quelques pas de danse.

Le FRS est constitué de quatre mouvements de guérilla ayant combattu au Darfour (ouest), ainsi que dans les États du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, au sud.

« Il s’agit d’une occasion pour la réconciliation. Nous devons reconnaître que nous avons commis des erreurs, mais il est temps d’ouvrir une nouvelle page », a-t-il déclaré.

L’accord a également été paraphé, en tant que témoin, par le président du Soudan du Sud, Salva Kiir.

D’autres accords portant sur le développement du pays ont été paraphés avec des responsables politiques et tribaux de plusieurs régions.

M. Kiir avait pris place à la tribune aux côtés du général Abdel Fattah al-Burhane, qui préside le Conseil souverain, et du premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok.

Pour célébrer le premier succès dont ils peuvent se targuer depuis la chute de l’autocrate Omar el-Béchir au printemps 2019, les dirigeants soudanais s’étaient déplacés en nombre à Juba. Plusieurs pays étrangers étaient également présents.

« Nous savons que nous allons affronter quelques problèmes lorsque nous allons commencer à procéder [à la mise en œuvre de cet accord] sur le terrain, mais nous avons cette volonté politique pour que cela fonctionne », a commenté auprès de l’AFP Fayçal Mohamed Saleh, porte-parole du gouvernement, en marge de la cérémonie.

« Nous pensons que nous avons commencé la réelle transformation du Soudan d’une dictature vers une démocratie […] parce que nous sommes désormais rejoints par les mouvements armés de gens de toutes les régions du Soudan », a-t-il poursuivi.

Pour le chef rebelle du Mouvement pour la Justice et l’Égalité, Gibril Ibrahim, « le principal défi sera de mettre en application cet accord et de pouvoir le financer ».

Un an de négociations

Un long chemin reste encore à parcourir, d’autant plus que deux groupes étaient absents lundi : le Mouvement de libération du Soudan d’Abdelwahid Nour et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord d’Abdelaziz al-Hilu.

M. Hamdok leur a lancé un appel : « La majorité des problèmes ont été discutés dans ces négociations et vous devez rejoindre ce processus pour que nous ayons une paix globale. »

Mais c’est aussi aux réfugiés et aux déplacés qu’il s’est adressé. « C’est votre paix. L’accord signifie que vous devez retourner dans vos villages et y vivre en paix », a-t-il dit.

Un an aura été nécessaire pour arriver à cet accord, tant était profonde la méfiance et ardus les dossiers.

« Lors de la déclaration de Juba en septembre [2019], tout le monde s’attendait à ce que la paix soit signée dans les deux ou trois mois, mais […] nous nous sommes aperçus que les questions étaient d’une rare complexité », avait déclaré M. Hamdok dimanche.

Après l’échec de plusieurs accords de paix, en 2006 et en 2010, les adversaires d’hier ont compris qu’il ne s’agissait pas seulement d’une question de sécurité. Ils sont allés au fond des problèmes qui empoisonnent le pays depuis son indépendance, en 1956.

Les rebelles et le gouvernement ont paraphé huit protocoles constituant l’accord de paix : sécurité, propriété foncière, justice transitionnelle, réparations et compensations, développement du secteur nomade et pastoral, partage des richesses, partage du pouvoir et retour des réfugiés et des déplacés.

L’accord stipule que les mouvements armés devront à terme être démantelés et que leurs combattants devront rejoindre l’armée régulière, qui sera réorganisée pour être représentative de toutes les composantes du peuple soudanais.

Ces négociations de paix étaient la priorité du nouveau gouvernement de Khartoum.

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