Le président du Burundi est mort

Pierre Nkurunziza était le président du Burundi depuis 2005.
Photo: AFP Pierre Nkurunziza était le président du Burundi depuis 2005.

Le président burundais, Pierre Nkurunziza, est décédé lundi à l’âge de 55 ans des suites d’un « arrêt cardiaque », lui qui s’apprêtait à quitter le pouvoir après 15 années à la tête du pays marquées par une crise politique meurtrière et l’appauvrissement de sa population.

« Le gouvernement de la République du Burundi annonce avec une très grande tristesse […] le décès inopiné de son Excellence Pierre Nkurunziza […] à la suite d’un arrêt cardiaque », a indiqué mardi la présidence dans un communiqué.

Les Burundais ont appris la nouvelle par la lecture du communiqué à la radio-télévision nationale, qui a ensuite bousculé ses programmes pour diffuser des chants religieux en kirundi, la langue nationale.

Le texte détaille les derniers jours du président Nkurunziza : après avoir assisté à un match de volleyball le samedi 6 juin, il a ressenti un malaise et « s’est vite rendu à l’hôpital » de Karuzi (centre-est) dans la nuit du 6 au 7 juin.

Son état de santé s’est amélioré dimanche, puis, « à la très grande surprise » de chacun, dans la matinée « du lundi 8 juin 2020, son état de santé a brusquement changé avec un arrêt cardiaque ».

« Malgré une prise en charge intense, continue et adaptée, l’équipe médicale n’a pas pu récupérer le patient », ajoute le communiqué.

M. Nkurunziza présidait depuis 2005 aux destinées du Burundi, l’un des pays les plus pauvres de la planète.

Le 20 mai, son successeur et dauphin désigné, Evariste Ndayishimiye, a été élu pour le remplacer à la tête de l’État, M. Nkurunziza ayant décidé de ne pas se représenter. Le mandat de M. Nkurunziza devait se terminer en août.

« Il nous laisse un héritage qu’on n’oubliera jamais et nous allons poursuivre son œuvre de grande qualité qu’il a réalisée pour notre pays, le Burundi », a réagi M. Ndayishimiye sur son compte Twitter.

Une main de fer

Le président kényan, Uhuru Kenyatta, et le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, ont dans la soirée présenté leurs condoléances au peuple burundais et à la famille du défunt, M. Kenyatta saluant sa « contribution à l’intégration et au développement de la région ».

La candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat très controversé en 2015 avait plongé son pays dans une crise politique majeure qui a fait plus de 1200 morts et contraint 400 000 Burundais à l’exil, dont de nombreux opposants, activistes et journalistes indépendants.

Le pays est tenu d’une main de fer par le régime, et la crise a entraîné un isolement du Burundi et la suspension de l’aide des principaux bailleurs de fonds.

Le Burundi est classé parmi les trois pays les plus pauvres au monde selon la Banque mondiale, qui estime que 75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, contre 65 % à l’arrivée au pouvoir de M. Nkurunziza en 2005.

L’élection présidentielle du 20 mai s’est tenue en dépit de l’épidémie de nouveau coronavirus, donnant lieu à d’immenses rassemblements sans véritable mesure de prévention.

On ignorait mardi si l’arrêt cardiaque auquel a succombé M. Nkurunziza est consécutif à une infection à la COVID-19. L’épouse de M. Nkurunziza avait récemment été admise à Nairobi pour y être soignée, certaines sources à Bujumbura affirmant qu’elle avait contracté le nouveau coronavirus. De sources concordantes, la première dame, toujours hospitalisée à Nairobi mardi, devait initialement regagner le Burundi à la fin de cette semaine.

Pierre Nkurunziza et son épouse pasteur ont à de nombreuses reprises minimisé la gravité de la pandémie de nouveau coronavirus.

« Toutes ces pandémies sont transmises à travers l’air, mais Dieu a purifié l’air du Burundi », avait-il déclaré fin mai au lancement de trois jours de prières organisées pour remercier Dieu d’avoir épargné son pays.

Deuil national

Dans son communiqué, le gouvernement a annoncé un deuil national de sept jours à compter de mardi. Les drapeaux du pays seront en berne pour la même période.

Pour le professeur et politologue burundais Julien Nimubona, « c’est le président de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, selon la Constitution du Burundi » qui devrait assurer l’intérim du pouvoir.

« Et c’est lui qui se chargera le jour de l’investiture, le 20 août, de remettre le pouvoir au nouveau président élu », a-t-il expliqué à l’AFP. Le gouvernement ne s’est pas prononcé sur ce point pour le moment.

Élevé au rang de « guide suprême du patriotisme » en février par l’Assemblée nationale, M. Nkurunziza, qui concentrait jusque-là tous les pouvoirs dans ses mains, devait rester le président du très influent Conseil des sages du parti.

Pierre Nkuzunziza avait échappé de peu à la mort pendant la guerre civile burundaise qui mit aux prises l’armée à dominante tutsie à des rébellions hutues et fit 300 000 morts entre 1993 et 2006.

Il avait été grièvement blessé et avait survécu pendant quatre mois dans des marécages. C’est là qu’il avait eu, selon ses dires, la révélation divine qu’il dirigerait un jour le Burundi.

Grand sportif et chrétien évangélique « born again » prosélyte, il avait fait de son rapport à la religion l’un des piliers de son pouvoir. Son parti, le CNDD-FDD, l’avait élevé au rang d’« Imboneza yamaho » (« Visionnaire » en français).

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