Une rentrée religieuse prudente en Afrique du Sud

Le prophète Paseka Motsoeneng, mieux connu sous le nom de prophète Mboro, a célébré dimanche à Katlehong une messe devant 50 personnes qui devaient respecter des règles sanitaires strictes.
Photo: Marco Longari Agence France-Presse Le prophète Paseka Motsoeneng, mieux connu sous le nom de prophète Mboro, a célébré dimanche à Katlehong une messe devant 50 personnes qui devaient respecter des règles sanitaires strictes.

Sylvain Malindha n’espérait certes pas de miracle, mais il peine à masquer sa déception. Pour la réouverture de sa petite église du quartier de Yeoville, au cœur de Johannesburg, il espérait quand même accueillir un peu plus de ses fidèles.

« C’était notre première messe ce matin […] et on n’a vu que très peu de membres de notre congrégation », constate le pasteur, pendant qu’une de ses ouailles nettoie méthodiquement un à un les sièges de plastique blanc éparpillés face à l’autel.

« Les gens ont peur », poursuit-il, « beaucoup ont hésité à venir, ils ont préféré attendre de voir comment les choses allaient tourner ».

Fermées depuis neuf longues semaines au nom de la lutte contre la pandémie de coronavirus, les églises, mosquées et synagogues d’Afrique du Sud ont été autorisées à rouvrir la semaine dernière, à la faveur d’un allègement du confinement décrété par les autorités.

Photo: Marco Longari Agence France-Presse Le prophète Paseka Motsoeneng

Près de 80 % des Sud-Africains se définissent eux-mêmes comme chrétiens, le reste se partage pour l’essentiel entre musulmans, juifs ou hindous.

Malgré les mesures de distanciation physique et le port du masque imposés dans tous les lieux de culte, cette rentrée religieuse n’a pas fait recette dimanche dans les multiples petites églises évangéliques qui peuplent le cœur de la plus grande ville du pays. Beaucoup ont préféré s’abstenir par précaution.

« Moi, je prie à la maison, Dieu m’entend aussi bien quand je prie chez moi avec ma famille », assure Gloria Msibi, 57 ans, « j’aime bien les églises, mais c’est trop dangereux d’être enfermé dans un espace clos avec autant de monde autour de moi ».

Dès vendredi pour la grande prière, les musulmans ont inauguré les nouvelles règles d’accès à leur mosquée avec circonspection.

Moi, je prie à la maison, Dieu m’entend aussi bien quand je prie chez moi avec ma famille

 

« C’était étonnant, aussi bien émotionnellement que spirituellement », a raconté Thauseen Karim, un étudiant de 18 ans venu prier à la mosquée turque de Midrand, au nord de Johannesburg. « C’est la première fois qu’on fait ça, c’est différent, il faut qu’on s’adapte. »

« Messes en ligne »

« C’était étrange », a confirmé Tunde Oladeji, un Nigérian de 34 ans, après le deuxième sermon du jour, « d’habitude on se tient les uns contre les autres, maintenant il faut qu’on laisse de l’espace entre nous ».

« Mais c’est quand même mieux d’être ici qu’à la maison », a-t-il aussitôt ajouté, « prier à la mosquée reste très spécial ».

Avec près de 46 000 cas et 952 morts recensés depuis le début du mois de mars, l’Afrique du Sud est le pays d’Afrique subsaharienne le plus touché par la COVID-19.

Freinée pendant deux mois par un strict confinement, la propagation s’est accélérée depuis que le gouvernement a décidé de desserrer l’étreinte sur l’économie du pays, déjà en récession avant la crise sanitaire.

Privés pendant deux mois de leurs lieux de culte, les croyants ont largement opté pour les offices virtuels.

« J’ai regardé pas mal de messes en ligne. Au début, c’était un peu bizarre, mais je m’y suis habitué », raconte Ntokozo Zulu, une chrétienne pratiquante de 22 ans. « C’était le meilleur moyen de rester en contact avec Dieu. On en avait tous besoin pendant cette période difficile. »

Malgré cette longue période d’abstinence liturgique traditionnelle, certaines églises ont préféré, par précaution, ne pas reprendre immédiatement leurs offices.

Photo: Marco Longari Agence France-Presse

Dans un courrier à ses fidèles et à ses prêtres, l’archevêque de l’Église anglicane, Thabo Makgoba, a estimé que « l’heure des célébrations n’est pas encore venue » et a renvoyé leur reprise à au moins un mois ou deux.

À l’appui de sa décision, il a cité l’âge moyen de ses fidèles et de ses pasteurs, souvent supérieur à 60 ans et donc plus fragiles face à la COVID-19, ainsi que les difficultés pratiques à limiter à 50 le nombre des participants à chacun de ses offices.

La plus importante congrégation d’Afrique du Sud, l’Église chrétienne de Sion, elle aussi a reporté sa rentrée sine die.

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