L’État camerounais admet l’implication de militaires dans un massacre en février

Des membres de la Force d'intervention rapide du Cameroun en mars 2019, dans le nord du pays.
Photo: Reinnier Kaze Agence France-Presse Des membres de la Force d'intervention rapide du Cameroun en mars 2019, dans le nord du pays.

La présidence camerounaise a admis mardi que 13 civils, dont 10 enfants, avaient été tués par trois militaires et des supplétifs dans un village du Nord-Ouest séparatiste anglophone mi-février, un massacre qui avait déclenché un tollé international et dans lequel Yaoundé niait jusqu’alors toute responsabilité de son armée. Dans la nuit du 13 au 14 février, selon l’ONU, 23 civils, dont 15 enfants et deux femmes enceintes, avaient été tués dans le village de Ntumbo.

Trois soldats et un groupe d’autodéfense ont « donné l’assaut » contre une base de rebelles séparatistes et, « après des échanges de tirs au cours desquels cinq terroristes ont été abattus », ils ont « découvert que trois femmes et dix enfants avaient péri du fait de leur action », a annoncé la présidence camerounaise dans un communiqué ajoutant : « Pris de panique, les trois militaires, aidés de certains membres du comité de défense, ont tenté de masquer les faits par des incendies. »

Les exactions et crimes commis de part et d’autre sont fréquents, selon les ONG internationales, dans les deux régions peuplées par la minorité anglophone camerounaise dans le Nord-Ouest, où s’affrontent depuis trois ans des groupes rebelles séparatistes et les forces de sécurité.

Sous la pression internationale, le président Paul Biya avait exigé l’ouverture d’une enquête sur la tuerie, dont les premières conclusions ont été livrées mardi soir. Jusqu’alors, pressé par les ONG internationales qui accusaient l’armée et une milice peule alliée d’avoir perpétré le massacre, Yaoundé avait nié et affirmé que la mort de civils était la conséquence d’un « malheureux accident » : l’explosion de conteneurs de carburant consécutive à des échanges de tirs entre soldats et séparatistes.

Le président Biya a ordonné notamment l’arrestation d’un sergent responsable du groupe, d’un des gendarmes et d’un soldat ainsi que de dix miliciens « non encore identifiés », et l’ouverture d’une procédure judiciaire contre les trois militaires.