La peur du pire en République démocratique du Congo

Les autorités congolaises attendent le pic de la pandémie entre la première et la deuxième semaine de mai dans un contexte où le confinement intégral est inopérant.
Photo: Alexis Huguet Agence France-Presse Les autorités congolaises attendent le pic de la pandémie entre la première et la deuxième semaine de mai dans un contexte où le confinement intégral est inopérant.

Les autorités sanitaires congolaises craignent « le pire » dès début mai à Kinshasa, où l’épidémie de COVID-19, qui a fait jusqu’à présent 21 morts dans le pays entrera « dans une phase de croissance exponentielle » dans un contexte où le confinement intégral est inopérant.

En République démocratique du Congo (RDC), « la pandémie de COVID-19 entre dans une phase exponentielle dans la ville-province de Kinshasa […], le pic de cette croissance sera atteint entre la première et la deuxième semaine du mois de mai 2020 », estime le comité multisectoriel de la riposte à la COVID-19 dans un compte rendu, parvenu mercredi à l’AFP. « Pendant cette période, il faut s’attendre à un afflux important des malades dans les structures sanitaires qui seront vraisemblablement débordées. Si les efforts de préparation en cours ne sont pas finalisés à temps, il faudra craindre le pire », ajoute le comité.

Depuis le début de l’épidémie déclarée le 10 mars, la RDC a enregistré 254 cas confirmés dont 21 décès et 21 personnes guéries, selon les autorités. Kinshasa est en tête des contaminations (242 cas confirmés sur les 254 dans le pays). Siège des institutions au cœur de Kinshasa, le quartier de la Gombe, considéré comme l’épicentre de l’épidémie, est confiné depuis le 6 avril, et les opérations de désinfection commencées depuis une semaine se poursuivent. Ce confinement s’étend jusqu’au 20 avril.

 

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L’équipe de riposte contre la COVID-19 « constate que les mesures de distanciation sociale sont totalement relâchées et redoute une transmission inter-humaine intense de la maladie au cours de la période critique qui s’annonce dans les prochaines semaines ». Ces experts recommandent « le port obligatoire des masques par tous dans tous les lieux publics et particulièrement dans les transports en commun et les marchés ».

La mobilisation de la RDC contre la COVID-19 déclarée le 10 mars dans le pays a commencé en ordre dispersé et dans la confusion. Le 24 mars, le président Félix Tshisekedi avait annoncé l’isolement de Kinshasa des 25 autres provinces, pour éviter la propagation du virus dans le plus grand pays d’Afrique subsaharienne. Deux jours plus tard, le gouverneur de la ville, Gentiny Ngobila, avait annoncé un premier « confinement total » de quatre jours de tout Kinshasa, avant de le reporter le lendemain, sans nouvelle date précise, évoquant la crainte d’une flambée des prix et de l’insécurité.

Masque obligatoire

Par ailleurs, dans plusieurs pays d’Afrique centrale le port du masque est devenu obligatoire dans l’espace public afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, ont annoncé ces derniers jours leurs gouvernements. Au Gabon, le masque est obligatoire depuis mercredi matin, tout comme en Guinée équatoriale, qui demande aussi à ses citoyens de porter des gants lors de leur sortie.

Conscient de la difficulté des Gabonais à se procurer des masques médicaux, Libreville a recommandé à ses citoyens le port « du masque alternatif ». De nombreux ateliers de couture au Gabon et ailleurs se sont mis à produire des masques en tissu, moins efficaces, mais qui limitent toutefois la propagation du virus.

Lundi, le gouvernement tchadien avait également décrété le port obligatoire du masque sur son territoire avant de revenir sur sa décision le lendemain à cause du manque d’offre sur le marché. Le Cameroun — l’un des pays les plus touchés par le virus en Afrique avec 855 cas déclarés officiellement mercredi — avait déjà adopté cette mesure jeudi dernier.

Dans ces pays d’Afrique centrale, ces dispositions s’ajoutent à celles déjà prises, comme l’instauration de couvre-feux nocturnes, la fermeture des écoles, des frontières et des lieux de culte ainsi que les restrictions sur les rassemblements. Libreville, la capitale du Gabon, et ses environs sont également confinés depuis lundi pendant 14 jours.

L’Afrique reste pour l’heure relativement moins touchée par l’épidémie. Mais de nombreux experts continuent de redouter une catastrophe sanitaire sur ce continent pauvre et aux systèmes de santé défaillants.