Le Burkina Faso sur un pied d’alerte

Avant l’annonce du président décrétant une interdiction de regroupements de plus de 50 personnes en soirée vendredi, des musulmans s’étaient réunis le jour même dans des mosquées pour prier.
Olympia de Maismont Agence France-Presse Avant l’annonce du président décrétant une interdiction de regroupements de plus de 50 personnes en soirée vendredi, des musulmans s’étaient réunis le jour même dans des mosquées pour prier.

Zebika Tarnagda a toute une mission : dépister les cas de COVID-19 du Burkina Faso, un pays pauvre de l’Afrique de l’Ouest, qui compte 20 millions d’habitants. Son arsenal ? Deux appareils pour analyser les résultats des tests, dans un petit laboratoire de Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du pays.

« On reçoit chaque jour plus de 30 échantillons, dit au bout du fil le chef du laboratoire national de référence. On manque de réactifs, de flacons, de tubes, de gants, d’alcool et d’éthanol. » Du matériel essentiel pour tester les cas suspectés de COVID-19.

Zebika Tarnagda a eu pour mentor le microbiologiste Hugues Charest, du Laboratoire de santé publique du Québec, dans le cadre d’un programme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la grippe et les infections respiratoires aiguës sévères. « Nous sommes une dizaine au labo déjà formée à la détection du COVID-19, dit-il. Nous voulons former 10 autres biologistes moléculaires. »

Quelque 75 Burkinabés ont jusqu’à présent été déclarés positifs à la COVID-19. Parmi eux, des ministres burkinabés, dont celui de l’Éducation. Une députée de l’opposition est décédée mercredi après avoir contracté le coronavirus. Il s’agissait du premier décès lié à la COVID-19 en Afrique subsaharienne. Depuis, trois autres personnes sont mortes au Burkina Faso.

Devant la propagation de la maladie à l’échelle planétaire, le directeur général de l’OMS, d’origine éthiopienne, a exhorté la semaine dernière l’Afrique à se « réveiller » et à se préparer au pire. Quelque 1300 cas ont été confirmés dans une trentaine de pays du continent africain.

Au Burkina Faso, le gouvernement a décrété la fermeture des écoles, du 16 au 31 mars. Vendredi soir, le président, Roch Kaboré, a imposé de nouvelles mesures : fermeture, pour deux semaines, des frontières terrestres et ferroviaires ainsi que des aéroports de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso aux vols commerciaux, couvre-feu de 19 h à 5 h et interdiction de regroupement de plus de 50 personnes.

Avant cette annonce du président en soirée, des musulmans s’étaient réunis le jour même dans des mosquées pour prier, déplore Zebika Tarnagda. « D’un point de vue épidémiologique, on aurait pu éviter le contact », dit-il.

Selon l’infirmier burkinabé Martial Ouedraogo, la majorité de la population à Ouaga (c’est ainsi qu’on surnomme la capitale) respecte actuellement le couvre-feu. « Les bars et les maquis ne peuvent servir que de [l’alcool] pour emporter, dit le Burkinabé, joint sur son cellulaire. Mais les gens restent dans les débits de boisson [pour boire leur verre]. »

La population est pourtant bien consciente de la pandémie mondiale actuelle. Les médias traitent abondamment du sujet. Les mesures d’hygiène de base — se laver les mains et tousser dans le creux de son coude, par exemple — sont répétées par les autorités.

« Mais les gens se disent que, chez nous, ça n’aura pas la même ampleur », dit Martial Ouedraogo, chef du service de santé de la commune de Kayao, à environ 70 km de Ouagadougou.

Les gens se disent que, chez nous, ça n’aura pas la même ampleur

Le peuple burkinabé, explique-t-il, est « optimiste » de nature. C’est sans compter que les gens infectés au départ étaient, entre autres, des membres du gouvernement, loin de leur réalité. Il reste que des enfants ont été infectés, signale Zebika Tarnagda.

Martial Ouedraogo est inquiet. « Tu ne sais jamais quand tu feras face au premier malade dans ton service », dit-il. Il dispose de 400 paires de gants dans sa réserve, estime-t-il. Chaque membre du personnel « doit s’acheter son masque pour sa propre santé ».

Le Dr Arthur Pagbelguem, qui travaille à Ouagadougou, est bien conscient des moyens limités de son pays pour faire face à une crise. « Si l’épidémie continue d’évoluer, je pense qu’on va être à un certain moment bloqués dans nos capacités », dit le médecin, joint sur son cellulaire. D’où l’importance, dit-il, de continuer à faire de la sensibilisation après de la population.

Zebika Tarnagda, lui, espère que l’OMS lui acheminera prochainement des réactifs nécessaires au dépistage des cas. Pour être plus efficace, son équipe déménagera aussi prochainement dans des installations à Ouagadougou. Elle pourra alors compter sur trois appareils d’analyse supplémentaires. Mais il faudra être patient. Les machines n’ont pas encore pu être calibrées.