Un journaliste condamné à 4 mois de prison pour un tweet au Maroc

Le journaliste Omar Radi, à gauche, à la sortie d'une audience le 5 mars dernier
Photo: Abdeljalil Bounhar Associated Press Le journaliste Omar Radi, à gauche, à la sortie d'une audience le 5 mars dernier

Le journaliste marocain Omar Radi a été condamné mardi au Maroc à quatre mois de prison avec sursis et 500 dirhams d’amende (47 euros) pour avoir publié un tweet critiquant un verdict.

« Je m’attendais à ce que les poursuites soient annulées. Ce procès n’a pas lieu d’être, c’est une atteinte à ma liberté d’expression », a réagi le journaliste auprès de l’AFP, précisant qu’il comptait faire appel.

Omar Radi a lui-même fait part sur Twitter de sa condamnation, qu’il a apprise via son avocat, les tribunaux étant fermés au public au Maroc depuis lundi par mesure préventive afin de contenir la propagation du nouveau coronavirus.

Son message a immédiatement suscité des réactions de soutien sur les réseaux sociaux.

Amnesty International a dénoncé le jugement et appelé les autorités marocaines à l’annuler.

« Même si le verdict prononcé ce jour signifie qu’il n’aura pas à faire de la prison, Radi n’aurait jamais dû être jugé au départ ou condamné pour avoir exprimé des opinions pacifiques sur les réseaux sociaux », a affirmé la directrice régionale d’Amnesty pour le Moyen-Orient, Heba Morayef.

« Cette condamnation renforce le message que toute personne qui défend les droits humains au Maroc sera punie », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Après plusieurs renvois d’audience, le jugement de M. Radi — qui devait être prononcé la semaine dernière — a finalement été rendu mardi par le tribunal de première instance d’Ain Sebaa (ouest).

Le journaliste indépendant avait été placé en détention pour « outrage à magistrat » fin décembre pour avoir fustigé sur Twitter un verdict prononcé en avril 2019.

Des membres du « Hirak » — un mouvement de contestation qui avait agité le nord du Maroc entre 2016 et 2017 — avaient été condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison.

M. Radi avait été remis en liberté provisoire quelques jours plus tard, sa détention ayant suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux.

Coréalisateur d’un documentaire sur le Hirak, le journaliste a également collaboré avec des médias marocains et internationaux et enquêté sur la corruption, l’économie de rente, la prédation foncière ou les collusions entre pouvoir et milieux économiques.

Pendant la dernière audience de son procès, une partie des débats s’était focalisée sur l’analyse du mot « bourreau » utilisé dans son tweet. La défense avait alors plaidé qu’il ne s’agissait pas d’une insulte, mais de l’expression de son indignation, et avait invoqué la liberté d’expression garantie par la Constitution.

Le nouveau code de la presse entré en vigueur en 2016 exonère les journalistes de peines de prison, mais il suffit que les poursuites soient engagées au nom du Code pénal pour contourner cette disposition.

Les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch (HRW), avaient dénoncé en début d’année une « campagne de répression » des autorités marocaines, après plusieurs condamnations à des peines de prison ferme sanctionnant des propos critiques ou insultants vis-à-vis du pouvoir sur les réseaux sociaux.