L’Afrique s’organise pour enrayer la propagation du coronavirus

Le premier cas de coronavirus enregistré sur le continent africain l’a été en Égypte le 14 février.
Photo: Khaled Desouki Agence France-Presse Le premier cas de coronavirus enregistré sur le continent africain l’a été en Égypte le 14 février.

Les pays africains ont été parmi les derniers à être affectés par la pandémie de coronavirus mais leur nombre a rapidement augmenté ces derniers jours.

Face à cette progression, nombre d’entre eux ont adopté des mesures drastiques pour tenter de ralentir l’épidémie et d’épargner au maximum des systèmes de santé fragiles. Même si certains peuvent compter sur leur expérience à lutter contre d’autres maladies comme Ebola.

Propagation géographique

Le premier cas enregistré sur le continent l’a été en Égypte le 14 février.

Début mars, le continent ne comptait que deux autres cas, en Algérie et au Nigeria, suscitant l’interrogation d’experts se demandant pourquoi l’Afrique semblait épargnée par le virus ou si le virus ne s’y répandait pas sans être détecté.

Depuis, le virus s’est propagé, pour toucher actuellement 30 des 54 pays du continent, avec un total de 450 cas confirmés.

Les pays les plus affectés se trouvent en Afrique du Nord, où des cas de transmission locale ont été documentés et où se concentrent les 10 victimes de la COVID-19 sur le continent.

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À elle seule, l’Égypte compte 166 cas et quatre victimes. L’Algérie a aussi dénombré quatre morts pour 60 cas. Les deux autres victimes ont été enregistrées au Soudan et au Maroc.

L’Afrique du Sud, une des deux principales puissances économiques du continent, est également touchée, avec 62 cas. Le virus s’y transmet désormais localement.

En Afrique de l’Est, qui abrite deux importants hubs aériens (Éthiopie et Kenya), 20 cas ont été comptabilisés dans six pays.

Le Sénégal est le pays le plus durement touché en Afrique de l’Ouest avec 27 cas.

Restrictions dans les transports

Échaudés par les conséquences de la pandémie en Asie et en Europe, bon nombre de pays africains ont pris des mesures drastiques, quand bien même ils n’avaient enregistré que quelques cas, ou aucun pour certains.

Le transport aérien est particulièrement visé. La raison en est simple : du Kenya à la Somalie, en passant par le Sénégal, le Nigeria ou l’Afrique du Sud, tous les premiers cas de coronavirus enregistrés dans ces pays sont des ressortissants ou des résidents revenant par avion d’un séjour dans un pays infecté.

Plusieurs pays ont pris des mesures particulièrement strictes. Le Maroc a ainsi suspendu tous les vols internationaux « jusqu’à nouvel ordre », à l’exception d’avions spéciaux autorisés à rapatrier les touristes européens bloqués.

La Somalie, dans la foulée de l’annonce de son premier cas, a décidé d’interdire tous les vols internationaux — y compris pour les avions cargo — au départ et à l’arrivée du pays. Seul les vols à caractère humanitaire ne sont pas concernés.

Le Tchad, où aucun cas n’est répertorié, a également fermé ses aéroports. Il avait, avant l’épidémie de coronavirus, déjà fermé ses frontières terrestres avec le Soudan et la Centrafrique.

D’autres pays ont pris des mesures d’interdiction ciblées en fonction des destinations. Le Sénégal a ainsi suspendu les liaisons aériennes avec sept pays d’Europe et du Moyen orient. Le Togo, Madagascar, ont pris des mesures similaires.

D’autres comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana ou la Côte d’Ivoire interdisent l’accès de leur territoire aux non-ressortissants ou résidents venant d’un pays à (haut) risque.

De nombreuses mesures d’auto-isolement sont également imposées aux voyageurs en provenance de pays à risque. C’est le cas en Zambie, au Nigeria, en Guinée Équatoriale…

Le tourisme sur le continent a mis un genou à terre. Même le secteur des croisières est touché : Madagascar, le Sénégal, les Seychelles et Maurice ont interdit aux bateaux de croisière d’accoster chez eux.

Interdictions et confinement

Au moins 13 pays du continent ont fermé ou s’apprêtent à fermer l’ensemble de leur système éducatif, de la maternelle à l’université. C’est le cas notamment au Kenya, au Maroc, en Égypte, au Sénégal, en Afrique du Sud ou encore en Côte d’Ivoire.

Corollaire de cette mesure, le télétravail est fortement encouragé par les autorités, comme au Kenya par exemple. Autre conséquence de la fermeture des écoles et du travail à distance, de nombreux Kenyans étaient sur les routes mardi pour se réfugier en province, loin de la capitale.

Certains pays ont également pris des mesures très fortes et très sensibles concernant les rassemblements religieux. Au Sénégal, les confréries musulmanes ont suspendu les rassemblements prévus en mars. En Tunisie, les autorités ont suspendu jusqu’à nouvel ordre les prières collectives, y compris le vendredi.

Les compétitions sportives et événements culturels n’échappent pas aux mesures d’interdictions. Ainsi, les festivals annuels AfrikaBurn en Afrique du Sud et Bushfire au Eswatini ont été reportés à l’année prochaine. En Afrique du Sud, les grandes compétitions sportives sont annulées. La Tunisie a décidé de les maintenir, mais à huis clos.