Une élection présidentielle sans grand suspense au Togo

Quelque 3,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes.
Photo: Pius Utomi Ekpei Agence France-Presse Quelque 3,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes.

Les Togolais votaient samedi pour choisir leur président, un scrutin sans grand suspense qui devrait assurer au sortant Faure Gnassingbé un quatrième mandat face à une opposition divisée.

Quelque 3,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes jusqu’à 16 heures (11 heures au Québec) dans les 9383 bureaux de vote du pays, mais un grand nombre d’entre eux ont déjà annoncé vouloir boycotter un scrutin qu’ils ne jugent ni libre ni transparent.

À Lomé, dans la cour ensablée du lycée Kodjoviakope, Jean-Pierre Fabre de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), chef historique de l’opposition, est arrivé en tenue traditionnelle blanche et s’est dit « confiant », mais « perplexe » quant à l’affluence dans les bureaux de vote. Il a appelé la « population à aller voter massivement » pour « empêcher les fraudes et permettre un second tour ».

Un autre candidat notable de l’opposition, Agbéyomé Kodjo, a voté également à Lomé et a été « rassuré » par la mobilisation, plusieurs files d’attente s’étant formé devant les bureaux.

« Les Togolais veulent le changement, ils veulent l’alternance » a martelé cet ancien premier ministre devenu opposant. « Et quand on voit toute cette mobilisation et toutes les techniques de fraudes mises en place par le pouvoir, si au terme du scrutin, le pouvoir se hasarde à dire que c’est lui qui a gagné, imaginez la suite ».

L’opposition, qui se présente en rang dispersé avec six candidats, a assuré qu’elle s’unirait pour faire bloc contre le président sortant en cas de second tour, mais ce scénario paraît plutôt improbable.

Dans les rues de Lomé, à Sokodé (centre) ou encore à Dapaong (nord), beaucoup se sont dits « déçus » par l’opposition après l’échec des manifestations de 2017-2018 et ont prévenu qu’ils n’iraient pas voter, ne croyant plus à l’alternance par les urnes dans ce pays dirigé de père en fils par la famille Gnassingbé depuis plus d’un demi-siècle.

« Un coup K.O. ! » : dans les rues de Lomé ces derniers jours, les partisans du chef de l’État, reconnaissables avec leur chandail et casquette bleu ciel, ont continué de scander leur principal slogan pour remporter le scrutin dès le premier tour.

Dans un bureau de vote de la capitale, Balakébawi Agbang, partisan d’Unir, le parti au pouvoir, invitait ses concitoyens à « sortir massivement pour faire le bon choix ». « J’ai voté pour la continuité, afin de permettre à Faure de poursuivre le travail entamé », a-t-il confié.

Le chef de l’État s’est rendu à Kara, la ville d’origine de la famille Gnassingbé, dans le nord du pays, où il votera.

Les résultats sont attendus en début de semaine, selon des sources au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Faure Gnassingbé, dont la famille est à la tête de ce pays d’Afrique de l’Ouest depuis 53 ans, ne devrait pas rencontrer d’obstacle majeur à sa réélection, après avoir déjà remporté trois scrutins contestés par l’opposition et la société civile, en 2005, 2010 et 2015.

Le président peut se targuer d’un bilan économique plutôt positif, avec une croissance stable de 5 %, mais ses détracteurs dénoncent une gouvernance autoritaire et la corruption de son entourage quand la moitié de la population vit sous le seuil de la grande pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour.

Cette semaine, 500 observateurs de la société civile ont perdu leur accréditation, accusés d’ingérence dans le processus électoral, et le système de sécurisation électronique des résultats de vote a été annulé au dernier moment par la CENI.

Quelque 315 observateurs internationaux issus majoritairement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CÉDÉAO) et de l’Union africaine (UA) sont toutefois déployés dans le pays, et le président sortant est soutenu par nombre de ses pairs africains.

« On tourne depuis ce matin pour voir comment les opérations se déroulent », a indiqué à l’AFP Hery Rajaonarimanpianina, chef de la mission d’observation de l’Union africaine et ancien président de Madagascar. « Là où on était, les bureaux ont ouvert à l’heure, les électeurs étaient là, le personnel et le matériel étaient là donc, on espère que tout va continuer à bien se passer ».

L’Union européenne n’a pas déployé d’observateurs, mais la France, ex-puissance coloniale, allié traditionnel de la dynastie Gnassingbé et présente au Sahel voisin dans la lutte contre les mouvements jihadistes, est particulièrement sensible à la stabilité du Togo dans une Afrique de l’Ouest en proie à la violence djihadiste.