Yaoundé sous pression de l’ONU après le massacre de Ntumbo

Des témoins ont accusé des militaires camerounais d’avoir perpétré cette tuerie.
Photo: Alexis Huguet Agence France-Presse Des témoins ont accusé des militaires camerounais d’avoir perpétré cette tuerie.

L’ONU a réclamé mardi aux autorités camerounaises une enquête « indépendante, impartiale et complète » après la mort de 23 personnes, dont une majorité d’enfants, au cours d’une opération militaire dans un village de l’Ouest anglophone en proie à un sanglant conflit séparatiste. Une partie de l’opposition camerounaise, mais aussi de nombreux témoins interrogés par des ONG ont accusé des militaires camerounais d’avoir perpétré vendredi cette tuerie dans un quartier de la localité de Ntumbo, située dans la région anglophone du Nord-Ouest. Des accusations démenties par l’armée camerounaise dans un communiqué lundi, qui invoque « un malheureux accident » et parle de cinq victimes civiles, tout en annonçant avoir ouvert « une enquête approfondie ».

« Nous pressons les autorités de s’assurer que l’enquête sera indépendante, impartiale et complète, et que les responsables rendent des comptes », a déclaré mardi le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme (HCDH) dans un communiqué.

La France, alliée traditionnelle de Yaoundé, a condamné mardi « les violences ». Le ministère des Affaires étrangères a demandé que « toute la lumière soit faite sur cet événement tragique et que les responsables répondent de leurs actes ».

Depuis près de trois ans, un conflit meurtrier oppose les forces de sécurité camerounaises à des groupes armés anglophones séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise. Les deux camps sont accusés de perpétrer des crimes et exactions contre des civils. À Ntumbo, 23 personnes ont été tuées, dont 2 femmes enceintes et 15 enfants, selon un dernier bilan communiqué par l’ONU. Neuf d’entre eux avaient moins de 5 ans. Des témoins ont rapporté à l’ONU que « 40 hommes armés, dont des membres des forces de défense et de sécurité », avaient attaqué le quartier Ngarbuh « tirant sur les habitants et brûlant des maisons ».

L’armée camerounaise décrit, elle, un tout autre scénario. Elle affirme que six militaires patrouillant dans le village ont été la cible de tirs nourris de « terroristes » et que les combats ont entraîné l’explosion de réservoirs de carburant, provoquant un incendie qui a tué « une femme et quatre enfants ». L’armée assure aussi avoir « mis hors d’état de nuire » sept « terroristes ».

Ce conflit qui dure depuis près de trois ans, a fait plus de 3000 morts et forcé près de 700 000 personnes à fuir leur domicile. Selon les ONG internationales, les populations sont les premières victimes de ce conflit.

« Nous appelons le gouvernement à s’assurer que les forces de sécurité se conforment aux normes légales internationales applicables quand elles mènent des opérations », a demandé mardi l’ONU dans son communiqué, exhortant également les groupes armés à respecter « la loi internationale ».

Après presque trois ans d’inaction, Yaoundé s’était résolu, sous la pression internationale, à organiser en octobre dernier un Grand dialogue national pour tenter de mettre fin à la crise. Mais boycotté par les groupes armés, il n’a pas permis de ramener la paix dans ces deux régions. Les violences se sont même multipliées, selon les rapports de plusieurs ONG.

Hasard du calendrier, lundi, le procès des sept militaires accusés d’avoir exécuté en 2015 dans cette région deux femmes et leurs bébés, a repris avant d’être renvoyé au 2 mars, selon des sources judiciaires. À l’époque de ces assassinats, révélés par une vidéo, le gouvernement avait parlé de « fake news » et d’« horrible trucage », avant de se rétracter et d’arrêter les sept militaires.