Une infestation massive de criquets menace la sécurité alimentaire en Afrique de l’est

<p>La FAO recherche d’urgence 70 millions de dollars afin de renforcer la lutte antiparasitaire et de «protéger les moyens d’existence dans les trois pays les plus touchés», dont le Kenya (sur la photo).</p>
Photo: Patrick Ngugi Associated Press

La FAO recherche d’urgence 70 millions de dollars afin de renforcer la lutte antiparasitaire et de «protéger les moyens d’existence dans les trois pays les plus touchés», dont le Kenya (sur la photo).

Les Nations unies ont tiré la sonnette d’alarme lundi sur des infestations d’une ampleur historique de criquets en Afrique de l’est, d’Addis Abeba à Nairobi en passant par Mogadiscio, qui « menacent la sécurité alimentaire » de toute la région.

Devant la prolifération d’essaims « particulièrement destructeurs » de criquets pèlerins en Éthiopie, au Kenya et en Somalie qui ravagent les cultures et menacent les récoltes, il est « nécessaire de lancer une campagne de grande ampleur et transfrontalière pour combattre les infestations », a indiqué l’Agence des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) dans un communiqué lundi.

La FAO recherche d’urgence 70 millions de dollars afin de renforcer la lutte antiparasitaire et de « protéger les moyens d’existence dans les trois pays les plus touchés ».

« D’une ampleur et d’une capacité destructrice jamais vues, les essaims risquent de grossir de manière exponentielle et de se propager dans d’autres pays d’Afrique de l’Est, si les efforts pour combattre ces ravageurs voraces ne s’intensifient pas massivement dans toute la région », a-t-elle averti, en estimant qu’il s’agit d’une situation « de portée internationale ».

L’Éthiopie et la Somalie n’avaient pas vu d’essaims de criquets pèlerins d’une telle ampleur depuis 25 ans, et le Kenya n’avait pas eu à affronter de menace acridienne d’une telle force depuis 70 ans, précise la FAO.

« Les autorités de la région ont déjà lancé des activités de contrôle mais, étant donné l’ampleur et l’urgence de la menace, elles ont besoin d’un soutien financier supplémentaire de la part de la communauté internationale des donateurs afin d’accéder aux outils et aux ressources nécessaires à la mise en oeuvre effective des interventions », a expliqué M. Qu Dong, directeur général de la FAO cité dans le communiqué.

Course effrénée

Étant donné l’étendue actuelle des essaims, seul un contrôle aérien en Éthiopie et au Kenya serait efficace pour réduire le nombre de ravageurs. Et si aucune mesure n’est prise, le nombre d’insectes ravageurs « pourrait être multiplié par 500 d’ici le mois de juin ».

Ces essaims, dont chacun est potentiellement formé par des centaines de milliers de criquets pèlerins, sont capables de parcourir 150 kilomètres par jour et de ravager les moyens d’existence des populations rurales dans leur course effrénée pour se nourrir et se reproduire. Le criquet pèlerin dévore chaque jour l’équivalent de son propre poids, soit environ deux grammes, précise l’agence.

Les essaims en provenance d’Éthiopie et de Somalie continuent à se déverser au Kenya et se propagent rapidement vers le centre du pays.

En Éthiopie, les insectes se déplacent à un rythme constant vers le sud, là où se trouve la vallée du Rift, considérée comme le grenier du pays.

Actuellement, le Soudan du Sud et l’Ouganda ne sont pas touchés mais ils sont en danger, estime la FAO. L’Asie du Sud-Ouest et la mer Rouge sont aussi touchées.

Depuis juin 2019, en Inde, en Iran et au Pakistan, de nombreux essaims de criquets pèlerins sont présents et se sont reproduits. Certains parmi ces essaims ont migré vers l’Iran méridional où les fortes pluies qui se sont récemment abattues leur ont permis de pondre des oeufs qui pourraient former des essaims au printemps 2020.

L’Égypte, l’Érythrée, l’Arabie saoudite, le Soudan et le Yémen sont eux aussi sujets à une importante activité de reproduction des populations de criquets qui pourraient par conséquent former de vastes essaims dans les prochains mois.