45 millions de personnes menacées par la famine en Afrique australe

Un enfant somalien attendait dans un camp de réfugiés improvisé, en mai 2017, en banlieue de Mogadiscio, après que sa famille eut dû quitter sa région en raison d’une forte sécheresse.
Photo: Mohamed Abdiwahab Agence France-Presse Un enfant somalien attendait dans un camp de réfugiés improvisé, en mai 2017, en banlieue de Mogadiscio, après que sa famille eut dû quitter sa région en raison d’une forte sécheresse.

Quelque 45 millions de personnes, un nombre record, sont menacées par la famine dans les pays d’Afrique australe en raison de la sécheresse, des inondations et des difficultés économiques dans leurs pays, ont déclaré jeudi les Nations unies.

« Cette crise de la faim atteint des proportions jamais vues et nos observations sur le terrain montrent qu’elle va encore empirer », a averti dans un communiqué la responsable régionale du Programme alimentaire mondial (PAM), Lola Castro.

Depuis cinq ans maintenant, toute la pointe sud du continent africain souffre d’un important déficit de pluies, aggravé par la répétition d’épisodes de l’anomalie climatique connue sous le nom de El Niño, qui pèsent sur les récoltes agricoles de ses 16 pays, pour la plupart très pauvres.

Le réchauffement mondial des températures y provoque également des tempêtes ou cyclones de plus en plus violents.

 
205 millions
C’est la somme dont dispose le Programme alimentaire mondial, sur les 489 millions de dollars nécessaires, pour financer ses projets d’aide d’urgence.

L’an dernier, le cyclone Idai a causé des inondations catastrophiques au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi, y faisant plus d’un millier de morts, des millions de sinistrés et des dégâts considérables, notamment aux réserves alimentaires.

« La saison des cyclones a débuté, on ne peut pas se permettre la répétition des dégâts de l’an dernier », a souligné Mme Castro.

Selon le PAM, les températures augmentent dans la région à un rythme deux fois supérieur à celui observé sur la planète. Cette année encore, les prévisions anticipent une météo sèche et chaude augurant une nouvelle mauvaise récolte.

Aux quatre coins de la région, de nombreuses familles ont déjà été contraintes de supprimer un de leurs repas quotidiens et ne survivent plus que grâce à l’aide d’urgence.

Cette année, le PAM prévoit ainsi de venir en aide à 8,3 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire au Zimbabwe, en Zambie, au Mozambique, à Madagascar, en Namibie, au Lesotho, en Eswatini et au Malawi.

La situation la plus inquiétante concerne le Zimbabwe, où le PAM évalue à près de huit millions — la moitié de la population — le nombre de personnes menacées par la famine.

« Le Zimbabwe figure parmi les quatre pays au monde où l’insécurité alimentaire est la plus élevée », avait déclaré fin novembre la rapporteuse spéciale onusienne sur le droit à l’alimentation, Hilal Elver, en visite dans le pays.

Le pays est englué depuis une vingtaine d’années dans une crise économique catastrophique que le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé fin 2017 à l’autocrate Robert Mugabe, ne parvient pas à enrayer.

Depuis des mois, la population subit des pénuries de produits de base récurrentes (farine, médicaments, carburants) et des coupures d’électricité massives qui ont fait de la vie quotidienne du plus grand nombre un cauchemar.

Il y a un an, la hausse des prix de l’essence avait provoqué des émeutes meurtrières, sévèrement réprimées par le régime.

Parmi les autres pays les plus menacés figurent le Lesotho, la Namibie et la Zambie, où la Croix-Rouge a récemment estimé à 2,3 millions (sur un total de 17 millions) le nombre de personnes en situation « d’insécurité alimentaire sévère ».

L’agence onusienne a répété jeudi son appel pressant à la communauté internationale et aux bailleurs de fonds, affirmant qu’elle ne disposait pour l’heure que de 205 des 489 millions de dollars nécessaires pour financer ses projets d’aide d’urgence.

« Si nous ne recevons pas les fonds nécessaires, nous n’aurons d’autre choix que d’aider moins de personnes qui en ont besoin, en leur donnant moins », a conclu Mme Castro.

L’Union européenne (UE) a opportunément annoncé jeudi l’envoi d’une aide d’urgence, notamment alimentaire, de 22,8 millions d’euros à destination de l’Eswatini, du Lesotho, de Madagascar, de la Zambie et du Zimbabwe.