Le Soudan fête le premier anniversaire de sa révolution

«Nous sommes des révolutionnaires, nous terminerons notre mission», ont scandé les manifestants.
Photo: Ashraf Shazly Agence France-Presse «Nous sommes des révolutionnaires, nous terminerons notre mission», ont scandé les manifestants.

Chants, danses et concerts traditionnels, mais aussi demande de « justice pour les martyrs » de la révolution : les Soudanais sont descendus dans les rues jeudi à l’occasion du premier anniversaire du soulèvement qui a mis fin au régime d’Omar el-Béchir, après 30 ans de règne autoritaire.

Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées, sans incidents, dans différents quartiers de Khartoum et d’autres villes, dont Omdourman, Atbara, El Obeid, Port-Saïd, Medani, Gedaref.

« En avant ! On recule pas ! », « Nous sommes des révolutionnaires, nous terminerons notre mission », scandaient les manifestants en défilant au son du tambour traditionnel à Khartoum, tandis que des automobilistes accrochaient des drapeaux soudanais à leurs voitures.

Parmi les autres festivités prévues, des concerts de musique traditionnelle et populaire doivent avoir lieu, notamment à Khartoum dans le grand jardin Green Yard, rebaptisé « place de la liberté » par le mouvement de contestation.

« Nous avons fait quelque chose d’unique dans cette révolution pacifique. On en est fiers », dit Siham Abdelrahman en défilant jeudi à Khartoum entourée de camarades, drapeaux soudanais à la main.

Mais certains, arborant des portraits de manifestants tués pendant le mouvement de contestation, sont aussi venus pour « réclamer justice ».

« Notre célébration ne sera pas terminée avant que justice ne soit rendue à nos martyrs », a dit Nahla Mohamed.

Portraits de martyrs

Selon Amnesty International, au moins 177 personnes ont été tuées dans la répression du mouvement et plus de 250 d’après un comité de médecins proche des manifestants.

Pour rendre hommage aux pionniers de la révolution, deux trains remplis de centaines de personnes sont partis de Bahri près de Khartoum, en direction d’Atbara, une ville ouvrière du nord-est qui a été le théâtre en décembre 2018 des premiers rassemblements après l’annonce soudaine du triplement du prix du pain.

Ce voyage symbolique, organisé par le gouvernement de transition et les Forces pour la liberté et le changement (FLC), principale organisation de la contestation, fait écho aux trains de manifestants d’Atbara envoyés à Khartoum durant la contestation.

Les trains sont arrivés à destination en fin d’après-midi dans une ambiance festive. Les manifestants sont invités à rester sur place jusqu’au 25 décembre, pour une semaine entière de festivités.

Le premier ministre Abdallah Hamdok, nommé après de longues négociations entre l’armée et les contestataires, a décrété récemment que le pays devait célébrer sa révolution « durant tout le mois de décembre ».

Jeudi, dans la capitale, l’armée a barré les voies d’accès à son QG, haut lieu de la contestation où les manifestants avaient organisé un sit-in des semaines durant pour faire pression sur les militaires en faveur d’un régime civil.

En décembre 2018, les premières manifestations avaient éclaté à Atbara, ainsi qu’à Port-Soudan et à Nhoud (ouest). Puis le mouvement avait gagné le pays entier.

L’armée avait destitué Omar el-Béchir le 11 avril, en s’efforçant de garder la mainmise sur la transition, mais en se heurtant à un rejet déterminé de la rue.

Un accord entre l’armée et la contestation a été trouvé en août. Un premier ministre civil et un Conseil souverain composé de civils et de militaires, sont aujourd’hui chargés de conduire une transition de trois ans, en vue d’élections libres.

Avenir meilleur

M. Béchir, détenu depuis avril, a lui été condamné samedi dernier pour la première fois à une peine de deux ans en institution pénitentiaire pour corruption.

L’ex-dictateur reste la cible de graves accusations de la part de la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes lors du conflit sanglant au Darfour (ouest) à partir de 2003.

Dans un communiqué publié jeudi, l’ONG Amnesty International a salué la possibilité offerte aux Soudanais de « célébrer le fait que leur action collective a mis fin à une répression étouffante et donné l’espoir d’un avenir meilleur ».

Toutefois, l’ONG a rappelé que le gouvernement de transition devait « honorer son engagement de restaurer l’État de droit ».

Dans un rapport sur les crimes au Darfour publié mercredi, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a appelé la communauté internationale à faire pression sur le Soudan « pour faciliter l’accès à la justice […] pour toutes les victimes, y compris celles de violences sexuelles ».

M. Hamdok a entamé des réformes, avec notamment le démantèlement du régime d’Omar el-Béchir et le lancement de pourparlers de paix avec les groupes rebelles du sud et de l’ouest, mais le pays fait toujours face à une grave crise économique.

Si Washington a levé son embargo économique en 2017, il maintient le Soudan sa liste noire des « États soutenant le terrorisme », ce qui constitue un handicap majeur pour son économie.