République démocratique du Congo: la colère de Béni s’abat sur les Casques bleus

La Mission des Nations unies au Congo se retrouve prise entre deux feux : cible de la population, elle n’a pourtant pas été sollicitée par l’armée congolaise dans son offensive lancée contre les ADF le 30 octobre.
Photo: Alexis Huguet Agence France-Presse La Mission des Nations unies au Congo se retrouve prise entre deux feux : cible de la population, elle n’a pourtant pas été sollicitée par l’armée congolaise dans son offensive lancée contre les ADF le 30 octobre.

« Nous allons continuer à manifester jusqu’à ce que nous obtenions leur départ » : des habitants de Béni et de Butembo, dans l’est de la République démocratique du Congo, s’en sont pris vendredi aux Casques bleus après le massacre de plus de 60 civils en moins d’un mois. Plusieurs dizaines de jeunes ont détruit un mur et arraché des barbelés qui protègent l’entrée d’un camp de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) à l’entrée de Béni, a constaté un correspondant de l’AFP.

En retour, des soldats du contingent malawite ont tiré en l’air et un hélicoptère blanc frappé des initiales UN a survolé le quartier de Boikene. « Nous venons de renverser le mur derrière leur base. Les Casques bleus ont tiré en l’air, je me suis couché. Ils doivent partir, trop c’est trop », a lancé Fiston Katsuva, 20 ans. Face aux manifestants, les Casques bleus ont été soutenus par l’armée et la police congolaises, à grand renfort de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation.

C’est dans ce même quartier de Boikene qu’au moins sept personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi, un nouveau massacre attribué au groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF). La Monusco se retrouve prise entre deux feux avant le renouvellement de son mandat par le Conseil de sécurité prévu autour du 20 décembre : cible de la population, elle n’a pourtant pas été sollicitée par l’armée congolaise dans son offensive lancée contre les ADF le 30 octobre.

« Je peux comprendre la frustration de la population par rapport à ce qu’elle subit ces dernières semaines, voire depuis plusieurs années. Mais je ne comprends pas qu’on puisse s’attaquer à nos installations, à nos véhicules, à notre personnel », a regretté le chef du bureau onusien dans la région, Omar Aboud. « En faisant cela, on aide aussi d’une certaine façon les ADF », a-t-il ajouté, cité par la radio Okapi.

Les manifestants traumatisés par les massacres des ADF depuis octobre 2014 (plus de 1000 personnes) ne veulent rien entendre. « Nous regrettons que la police nous lance des gaz lacrymogènes alors que nous revendiquons le départ de la Monusco qui est restée inerte pendant le massacre », s’est plaint l’un d’eux, Paulin Sinzomene. « Nous allons continuer à manifester jusqu’à ce que nous obtenions le départ de la Monusco », a-t-il insisté en rentrant vers le centre-ville de Béni, à la nuit tombée. C’est à ce moment de la journée que les ADF sortent des forêts environnantes pour lancer leurs attaques à l’arme blanche et terroriser les civils des quartiers ou des cités périphériques de Boikene, Mayangose, Mavivi.

Les manifestants se sont ensuite repliés vers le centre-ville, où ils ont allumé un feu devant la mairie. À l’intérieur, se trouvait vraisemblablement le gouverneur de la province du Nord-Kivu, déjà bloqué la veille par des habitants en colère, à son arrivée à Béni.

La situation a été également tendue à Butembo à une cinquantaine de kilomètres de Béni. Au moins quatre personnes ont été blessées dans des affrontements avec la police, d’après un militant, Léon Tsongo. Une dizaine de personnes ont été interpellées, a indiqué la police. « On ne peut pas pleurer des compatriotes tués en troublant l’ordre public », a lancé le maire de Butembo, Sylvain Kanyamanda.

La lutte contre Ebola suspendue à Béni

Les activités de la lutte contre Ebola ont été « mises en veilleuse » vendredi dans les épicentres de l’épidémie, à Béni et à Butembo, en raison des manifestations de colère après les derniers massacres de civils. « Toutes nos activités sont concernées : sensibilisation, vaccination, enterrements sécurisés, etc. Mais nous n’avons pas arrêté de travailler », a déclaré à l’AFP le Dr Jean-Jacques Muyembe, chef des experts chargé de la lutte anti-Ebola. Hormis à Béni et à Butembo, la campagne de vaccination contre Ebola se poursuivait normalement. « Actuellement, le nombre de cas a fortement diminué. On tourne autour de 10 cas par semaine, comparé au mois de juillet où nous arrivions à 90 cas par semaine. Il y a donc l’espoir que d’ici la fin du mois, nous allons maîtriser [l’épidémie] », a déclaré le Dr Muyembe à l’AFP.