La contestation en Algérie galvanisée par la fête de la Révolution

Des millions de personnes sont descendues dans les rues d’Alger vendredi pour réclamer le départ du régime en place et la construction d’une nouvelle Algérie, moderne et démocratique.
Photo: Agence France-Presse Des millions de personnes sont descendues dans les rues d’Alger vendredi pour réclamer le départ du régime en place et la construction d’une nouvelle Algérie, moderne et démocratique.

« C’était un moment historique. J’avais l’impression d’être de retour en février, dans les premiers jours du mouvement populaire. » À l’autre bout du fil, Yacine Babouche, journaliste au quotidien algérien indépendant Tout sur l’Algérie (TSA), a la voix fatiguée après une journée passée au milieu des millions de personnes descendues dans les rues d’Alger pour un 37e vendredi de manifestation. Et pas un vendredi comme les autres.

C’est qu’en tombant le 1er novembre, ce jour de marche populaire et hebdomadaire, qui réclame depuis neuf mois le départ du régime en place et la construction d’une nouvelle Algérie, moderne et démocratique, a rencontré le 65e anniversaire du début de la guerre d’indépendance. La massification des manifestants a donc été conséquente en ce jour de fête de la Révolution.

« Depuis plusieurs semaines, il y avait moins de monde dans les rues, admet M. Babouche. Mais aujourd’hui, le paysage a changé. Ils étaient des millions à réclamer l’indépendance qu’ils n’ont jamais vraiment eue. » Le départ des Français d’Algérie en 1962, au terme d’une guerre d’indépendance amorcée par la naissance du Front de libération nationale (FLN), le 1er novembre 1954, a laissé en effet la place à une succession de régimes autoritaires et militaires, dont les Algériens aujourd’hui souhaitent se débarrasser.

Avec des mots-clics comme #Hirak_du_1er_novembre ou #Envahissons_la_capitale lancés sur les réseaux sociaux, les Algériens ont donc convergé massivement vers la capitale, qui a été le théâtre des plus importantes manifestations, partout au pays, envoyant un message clair au pouvoir en place, selon Yacine Babouche.

« Le régime de transition a fait rentrer le peuple dans une guerre d’usure et le force désormais à accepter des élections dont les bases démocratiques sont largement contestées », dit-il. Elles sont prévues le 12 décembre prochain. « Ce qui a été dit vendredi dans la rue par les manifestants, c’est que le peuple est toujours là, mobilisé, et qu’il rejette le scrutin tel qu’il est envisagé par les militaires. »

Scrutin contesté

Mercredi, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et homme fort du pays depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika, a continué à minimiser l’ampleur du mouvement et a assuré que le scrutin recueillait l’« adhésion totale » des citoyens.

« L’Algérie est entrée dans une course de fond pour se construire un nouvel avenir », assure plutôt le journaliste de TSA en entrevue au Devoir en rappelant que les slogans qu’il a entendus dans la rue vendredi contestaient sans ambages le scrutin et réclamaient le départ des militaires et la création d’un état civil et démocratique. « Le peuple est tenace, au point de devenir frustrant pour la partie adverse. Aucune concession n’a été faite jusqu’à maintenant. Est-ce encore tenable pour le pouvoir en place de ne rien faire après ce 1er novembre ? »

Sans remettre en question son caractère pacifique et populaire, le Hirak, nom donné à cette révolution en marche, n’a pas vraiment faibli depuis qu’il a obtenu le départ de l’ex-président en avril dernier. Après avoir donné des signes d’ouverture au printemps, le régime actuel, chargé de la transition, s’est finalement radicalisé depuis plusieurs mois avec l’arrestation d’opposants politiques, de journalistes et de simples citoyens pour des commentaires faits en ligne ou pour leur participation à des rassemblements publics.

Avec l’Agence France-Presse