Kaïs Saïed porté au pouvoir par les jeunes en Tunisie

Des partisans de Kaïs Saïed célèbraient sa victoire à Tunis dimanche.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Des partisans de Kaïs Saïed célèbraient sa victoire à Tunis dimanche.

Les sondages attribuent la victoire sans appel de Kaïs Saïed à la présidentielle en Tunisie au vote des jeunes, peu mobilisés lors des précédents scrutins, mais qui ont trouvé en lui, disent-ils, confiance, respect et droiture.

Environ 90 % des électeurs de 18 à 25 ans ont voté dimanche pour M. Saïed, 61 ans, selon les statistiques de l’Institut de sondage Sigma, contre 10 % pour son rival, l’homme d’affaires et des médias Nabil Karoui, poursuivi pour évasion fiscale.

Le taux de participation de cette tranche au second tour a atteint 11,6 %, selon les résultats officiels. M. Saïed a été élu président avec 72,71 % des voix.

L’électorat est très clairement divisé par âge : plus les électeurs sont âgés, plus ils votent Karoui, selon cette étude, et l’homme d’affaires controversé obtient même 50,8 % des voix chez les plus de 60 ans.

« Cette victoire s’explique principalement par cette mobilisation extraordinaire des jeunes âgés de 18 à 25 ans », a souligné à l’AFP Olfa Lamloum, directrice du bureau de Tunis d’International Alert, une ONG très active auprès des jeunes.

Cette mobilisation notable au premier tour de la présidentielle, le 15 septembre — 37 % de cette tranche d’âge avait voté pour M. Saïed, soit le double de la moyenne nationale —, s’est amplifiée au second tour, selon Sigma conseil.

« Je ne pensais pas qu’il gagnerait au premier tour, mais maintenant qu’il a gagné, je crois vraiment dans la transparence des élections, a confié à l’AFP Mayssa Jlassi, 20 ans. Il fallait tout faire pour mobiliser tous les jeunes de mon âge pour voter massivement » pour lui.

Cette étudiante en droit a rejoint l’un des groupes de bénévoles ayant improvisé des visites de terrain, avec des moyens très modestes, pour aller à la rencontre des électeurs.

Promesse de démocratie

M. Saïed « a réussi à gagner la confiance de cette jeunesse dans les quartiers et les régions de l’intérieur, non pas à travers les promesses, mais en apportant des réponses à l’échec de la démocratie représentative », a dit Mme Lamloum.

Si l’universitaire assume des positions conservatrices concernant les libertés individuelles pourtant chères à de nombreux jeunes, ceux-ci voient avant tout l’homme qui n’a cessé de les appeler à trouver par eux-mêmes des solutions.

« Les jeunes bricolent entre ces éléments, modernités, traditions, il n’y a plus ce clivage », estime le sociologue Mohamed Jouili.

Kaïs Saïed a promis de « remettre en cause la verticalité du pouvoir et de changer la règle du jeu politique qui est à l’origine de l’exclusion et de la marginalisation des jeunes », a souligné Mme Lamloum.

Il incarne pour eux « une promesse de démocratie réelle, de dignité, de rupture avec une classe politique déconnectée du peuple, obsédée par le pouvoir et par ses privilèges », estime-t-elle.

Pour M. Jouili, le futur président « a su ces dernières années établir une relation de confiance forte avec les jeunes en les rencontrant partout dans le pays, ce qui lui a permis de construire autour de lui une ceinture de jeunes ayant mené sa campagne ».

Le quotidien francophone La Presse de Tunisie se réjouit de voir, « du nord au sud du pays, un regain d’intérêt chez les jeunes en faveur de la participation au vote, ce qui a dopé l’affluence en direction des urnes et c’est tant mieux ».

La participation a été dans l’ensemble plus élevée dimanche, à 55 %, alors que seul un électeur sur deux s’était déplacé au premier tour, et encore moins aux législatives du 6 octobre.

Une vigoureuse campagne d’inscription sur les listes électorales a significativement rajeuni le corps électoral : les 18-35 ans représentent désormais 63 % des électeurs selon les chiffres officiels.

Les résultats officiels ne permettent pas encore de savoir quelle a été la participation des jeunes, mais tout indique qu’elle a augmenté.

Le jour de l’élection, des milliers de jeunes se sont organisés, plus ou moins spontanément, pour faire du covoiturage afin d’aller voter.