L’ex-président tunisien Ben Ali emporté par un cancer

Zine el-Abidine Ben Ali salue ses partisans, en novembre 2007, à Tunis, à l’occasion de célébrations marquant le 20e anniversaire de sa présidence.
Photo: Hassene Dridi Associated Press Zine el-Abidine Ben Ali salue ses partisans, en novembre 2007, à Tunis, à l’occasion de célébrations marquant le 20e anniversaire de sa présidence.

Il a fui la Tunisie en 2011, forcé par la rue à « dégager ». En exil depuis plus de huit ans en Arabie saoudite, l’autocrate et ex-président Zine el-Abidine Ben Ali est parti jeudi encore plus loin, emporté dans la mort à l’âge de 83 ans, et ce, quelques jours à peine après l’amorcedes deuxièmes élections présidentielles libres dans son pays, dont le premier tour dimanche a une fois de plus fait résonner l’appel au changement et la rupture avec le passé.

Le décès du dirigeant déchu a été annoncé par son avocat, Mounir Ben Salah, citant des sources familiales et médicales. Ben Ali, atteint d’un cancer de la prostate, a vu sa condition de santé gravement se détériorer la semaine dernière. Il avait été hospitalisé d’urgence à Djeddah, ville où il s’est finalement éteint jeudi.

Quelques jours plus tôt, mis au parfum de son état de santé, le premier ministre tunisien, Youssef Chahed, s’était dit prêt à favoriser le retour de l’ex-président en Tunisie, en invoquant des raisons « humanitaires ».

Ben Ali a été le premier leader à tomber dans la foulée du Printemps arabe, juste avant l’Égyptien Hosni Moubarak et le Libyen Mouammar Kadhafi.

Un habile despote

Celui qui a été tour à tour général de l’armée, grand patron de la sûreté nationale, ministre de l’Intérieur puis premier ministre est devenu président de la Tunisie en novembre 1987 au terme d’un coup d’État habilement mené contre le père de l’indépendance tunisienne, Habib Bourguiba, qui, en 1975, s’était autoproclamé président à vie.

À l’époque, Ben Ali qualifie cette révolution d’« acte de redressement » et de « salut national ».

« Je devais rétablir l’État de droit […]. Le président était malade et il avait un entourage néfaste », justifiait-il quelques mois plus tard dans une entrevue accordée à la télévision française.

Son régime verse toutefois très vite dans l’obsession sécuritaire et dans la captation du pouvoir politique et économique par l’entourage direct du président et de sa femme, Leïla Trabelsi. Dans cette dictature où Ben Ali fait revenir le principe de parti unique, le Rassemblement constitutionnel démocratique — et le népotisme —, l’appareil policier est également mis à contribution pour faire taire tout mouvement de contestation, particulièrement celle provenant des courants islamistes, de la presse et des syndicats.

Il a été pendant plusieurs années soutenu par la communauté internationale, puisque perçu comme un rempart face à la montée de l’islamisme dans ce coin du globe. Ben Ali a également poursuivi les politiques de son prédécesseur favorables à l’émancipation des femmes.

À la source du mal

Sa main de fer posée sur la politique et l’économie du pays a toutefois creusé les inégalités, ouvert la porte à la corruption, amplifié le chômage et surtout rendu insupportable un malaise social à l’origine de l’immolation du marchand ambulant Mohamed Bouazizi. Le jeune diplômé a déclenché ainsi un soulèvement populaire sans précédent qui a forcé Ben Ali à l’exil.

Lors d’une série de procès tenus en Tunisie, l’ex-président a été condamné par contumace en 2018 à la prison à perpétuité pour « homicides volontaires », « abus de pouvoir » et « détournement de fonds ».

Le dictateur vient de faire son ultime sortie, tandis que la Tunisie poursuit la transition démocratique, amorcée après son départ, dans une certaine incertitude. Dimanche, le premier tour du scrutin présidentiel, devancé en raison de la mort en fonction du président Béji Caïd Essebi en juillet dernier, a porté un coup dur aux partis traditionnels.

Les urnes ont confirmé un duel à venir entre deux candidats à part et surtout anti-système, avec d’un côté Kaïs Saïed, la surprise de ce scrutin, candidat d’une jeunesse désabusée par la vieille politique, qui a reçu 18,4 % des suffrages, et de l’autre le publicitaire populiste Nabil Karoui, surnommé le « Berlusconi tunisien », crédité de 15,6 % de voix. Signe particulier : M. Karoui est actuellement en prison, accusé de corruption et de blanchiment d’argent. Sa deuxième demande de libération a été rejetée mercredi par la justice.

Avec l’Agence France-Presse