La République démocratique du Congo a enfin son gouvernement

Félix Tshisekedi, en juillet dernier
Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse Félix Tshisekedi, en juillet dernier

Des mois de négociations pour une coalition pléthorique de 66 membres : le prochain gouvernement de la République démocratique du Congo a enfin été dévoilé lundi, ultime étape de la première transition pacifique du pouvoir entre le chef de l’État, Félix Tshisekedi, et son prédécesseur, Joseph Kabila.

Les proches de M. Kabila, qui sont majoritaires au Parlement, se taillent la part du lion dans l’exécutif avec, par exemple, la Justice, les Finances et la Défense. Les partisans de M. Tshisekedi, proclamé vainqueur de l’élection du 30 décembre, empochent les Affaires étrangères et l’Intérieur.

Seule réaction diplomatique de la journée, les États-Unis se sont dits « prêts à travailler avec le nouveau gouvernement pour faire avancer le partenariat privilégié É-U.–RDC pour promouvoir la paix et la prospérité », par un tweet de leur ambassadeur à Kinshasa, Mike Hammer.

Les Congolais ont des attentes encore plus précises : « On l’attend dès ce lundi 2 septembre sur la rentrée scolaire, la gratuité de l’enseignement primaire, voilà le premier grand défi. Le deuxième grand défi, c’est par rapport à la sécurité et à l’intégrité nationale », a résumé Nicolas Mwabi, fonctionnaire. La RDC fait également face à une épidémie d’Ebola dans l’Est.

Les négociations ont duré sept mois entre les forces politiques du nouveau chef de l’État, investi le 24 janvier, et celles de Joseph Kabila, qui reste l’autre homme fort du plus grand pays d’Afrique subsaharienne gorgé de richesses minières.

Les discussions entre les deux camps ont « pris du temps », car il fallait « vider tout ce qui pouvait entraver le fonctionnement du gouvernement », a déclaré le premier ministre, Sylvestre Ilunga, un économiste membre du Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de Joseph Kabila.

Le gouvernement comprend cinq vice-premiers ministres, dont deux sont aussi issus du FCC de Joseph Kabila : Célestin Tunda (Justice) et une femme, Élysée Munembwe (Plan).

Parmi les autres vice-premiers ministres figure un proche du chef de l’État, Gilbert Kankonde, qui reçoit le portefeuille de l’Intérieur.

Un cadeau empoisonné

Un cadeau empoisonné en cas d’interdiction ou de répression des futures manifestations en RDC, où l’élection de M. Tshisekedi est toujours contestée par l’opposition radicale réunie autour de Martin Fayulu.

Le gouvernement comprend « 83 % d’hommes et 17 % de femmes. Ce pourcentage est encore faible, mais il faut le pondérer par l’importance des portefeuilles qui ont été attribués aux femmes », a détaillé le premier ministre. « Ainsi, nous avons une dame vice-première ministre, ministre du Plan et une dame ministre d’État, ministre des Affaires étrangères. »

Cette nouvelle chef de la diplomatie congolaise s’appelle Marie Tumba Nzeza, membre de l’UDPS de Félix Tshisekedi. Deux autres femmes sont ministres d’État : Béatrice Lomeya (Genre) et Nene Nkulu (Emploi).

La liste gouvernementale surprend parfois même les fins connaisseurs de la vie politique et pour cause : « Ceux qui n’ont jamais été ministres représentent 76,97 % de l’équipe », se félicite le premier ministre, pour qui il s’agit de « la plus grande innovation ».

Deux ministres ont déjà des dossiers chauds sur la table : à la Santé, le Dr Eteni Longondo, membre de l’UDPS de Félix Tshisekedi, doit gérer avec le chef de l’État l’épidémie d’Ebola, qui a fait près de 2000 morts en un an dans l’Est. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est attendu sur place samedi prochain.

À l’Enseignement primaire, Willy Bakonga, issu du PPRD de M. Kabila, doit mettre en oeuvre la mesure répétée par son prédécesseur samedi : la gratuité de l’enseignement primaire dans les écoles publiques dès la rentrée du 2 septembre. Coût de la mesure : 2,6 milliards de dollars américains, près de la moitié de l’actuel budget de l’État.

Le gouvernement a été salué par la très influente Église catholique, qui veut « croire qu’on va dans une direction nouvelle ». La même conférence épiscopale avait émis des doutes sur la validité de l’élection de M. Tshisekedi, laissant entendre que le véritable vainqueur était Martin Fayulu.