L’épidémie d’Ebola exige un élargissement de la vaccination

La Canadienne Joanne Liu, qui dirige à l’international MSF, a appelé à l’élargissement de la vaccination.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse La Canadienne Joanne Liu, qui dirige à l’international MSF, a appelé à l’élargissement de la vaccination.

Les équipes sanitaires chargées de lutter contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) doivent élargir la campagne de vaccination, a déclaré jeudi la présidente de Médecins sans frontières (MSF).

La Canadienne Joanne Liu, qui dirige à l’international MSF, a estimé dans une entrevue à l’AFP que les responsables de la santé devaient « ouvrir les yeux » sur la stratégie à suivre pour stopper cette épidémie qui a déjà fait près de 1700 morts en un an.

Au lendemain de la décision de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de qualifier Ebola « d’urgence de santé publique de portée internationale » — un statut réservé aux épidémies les plus graves —, Mme Liu a appelé à l’élargissement de la vaccination.

En RDC, notre suivi des contacts fait défaut depuis le début. On n’est pas capables d’avoir une surveillance de tous les contacts et donc il faut se demander si on peut élargir la stratégie vaccinale.

 

« Nous avons adopté depuis 2014-2015 dans les essais cliniques l’approche vaccinale “en ceinture”», a-t-elle expliqué, c’est-à-dire que « si une personne est infectée, on va vacciner ses contacts et les contacts de ses contacts ».

« C’est quelque chose qui a démontré son efficacité dans un contexte où on a un bon suivi des contacts », a-t-elle poursuivi. « Mais en RDC, notre suivi des contacts fait défaut depuis le début. On n’est pas capables d’avoir une surveillance de tous les contacts et donc il faut se demander si on peut élargir la stratégie vaccinale. »

L’épidémie de fièvre hémorragique, qui s’est déclarée en août 2018, a surtout touché jusqu’ici les provinces du Nord-Kivu et d’Ituri, dans l’est de la RDC, en proie à des violences, ce qui complique encore la tâche des équipes de santé.

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Plutôt que la vaccination « en ceinture », la présidente de MSF prône « une approche plus large dite “géographique”, ce qui veut dire que si une personne infectée vient d’un village, on va vacciner tout le village ».

Un deuxième vaccin demandé

L’OMS a reconnu mercredi qu’il existait une « pénurie » du vaccin rVSV-ZEBOV produit par le laboratoire Merck, malgré l’engagement de la pharmaceutique à doubler ses livraisons d’ici 2020.

Mme Liu a déploré « le manque de transparence » concernant les réserves de ce vaccin, qui a prouvé son efficacité. « Quelle est la réserve mondiale et où se trouve-t-elle ? » a-t-elle demandé.

« On parle de 250000 à 500000 doses dans le monde, mais elles sont où ? On a besoin de transparence sur les réserves en vaccin et aussi sur ce qui va venir. »

L’OMS a demandé qu’un deuxième vaccin, développé par Johnson & Johnson, soit distribué aux personnes exposées à un risque d’infection plus faible.

Le ministre congolais de la Santé y est opposé, car il craint que l’introduction d’un nouveau produit crée des problèmes dans des communautés déjà très méfiantes à l’égard des équipes sanitaires.