L’Éthiopie s’enfonce dans la crise

Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, s'est adressé à la nation à la suite de l'échec d'une tentative de «coup d'État» orchestrée par le chef de l'armée.
Photo: HO / Ethiopian TV / Agence France-Presse Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, s'est adressé à la nation à la suite de l'échec d'une tentative de «coup d'État» orchestrée par le chef de l'armée.

L’Éthiopie, théâtre de violences politiques et ethniques ayant provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes, s’enfonce un peu plus dans la crise après les assassinats samedi du chef d’état-major de l’armée et de hauts responsables de la région Amhara.

Samedi après-midi, une réunion rassemblant les plus hauts responsables de la région Amhara a été prise sous le feu d’hommes armés. Le président de la région Ambachew Mekonnen et un de ses conseillers sont décédés plus tard dans la journée de leurs blessures. Le procureur général de la région Migbaru Kebede a succombé lundi matin.

Quelques heures après l’attaque de Bahir Dar, dans une attaque séparée mais « coordonnée », selon les autorités, le chef d’état-major des forces armées éthiopiennes, le général Seare Mekonnen, a été tué par son garde du corps à son domicile d’Addis-Abeba alors qu’il « menait l’opération » de réponse à la première attaque.

Un général à la retraite qui lui rendait visite a également été abattu.

L’éventuel lien entre les deux attaques ainsi que leurs motifs restent à éclaircir, mais de nombreux éléments pointent vers une manifestation, au plus haut niveau politique, des tensions ethniques qui secouent le pays.

Les autorités éthiopiennes accusent le chef de la sécurité de la région Amhara, le général Asaminew Tsige, d’avoir organisé l’attaque de Bahir Dar et d’avoir joué un rôle dans celle d’Addis-Abeba. En fuite, il a été tué lundi par des policiers dans la périphérie de Bahir Dar.

Les ethnies Oromo et Amhara ont été à l’avant-garde de deux ans de manifestations qui ont provoqué la chute du prédécesseur de Abiy Ahmed.

M. Abiy a dès lors entrepris d’ouvrir l’espace démocratique, notamment en légalisant des groupes dissidents et en améliorant la liberté de la presse.

Mais cet assouplissement a également permis une expression plus libre des nationalismes et des tensions ethniques qui ont souvent pour enjeu des terres ou des ressources et se sont traduits par des violences meurtrières dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Un coup d’État ?

Les autorités éthiopiennes ont affirmé dans la nuit de samedi à dimanche qu’une « tentative orchestrée de coup d’État s’est produite contre l’exécutif du gouvernement régional de l’Amhara ».

Or, les observateurs s’accordent pour dire que si les intentions des auteurs restent peu claires, de nombreux traits caractéristiques d’un coup d’État sont absents de l’enchaînement des événements de samedi.

« Il n’y a pas eu de tentative de coup d’État, car cela implique d’importants mouvements de troupes, ou la prise de contrôle de points stratégiques comme les aéroports ou les médias », estime le chercheur français Gérard Prunier, spécialiste notamment de l’Éthiopie.

Mais les élections prévues pour 2020 risquent de mettre encore plus le feu aux poudres, les mouvances les plus populaires se faisant désormais nationalistes.

« La situation en Éthiopie commence dangereusement à ressembler à celle de la Yougoslavie juste avant que n’y éclatent les guerres, poursuit-il. Les partis qui composent [la coalition au pouvoir] sont devenus très minoritaires au sein des ethnies qu’ils sont censés représenter ».