L’opposition démocrate algérienne s’allie pour demander du concret

L’Hirak, le mouvement populaire et pacifique qui fait descendre les Algériens dans la rue contre le régime Bouteflika, ne faiblit pas. Ci-dessus, des images croquées dans les rues d’Alger, vendredi dernier.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse L’Hirak, le mouvement populaire et pacifique qui fait descendre les Algériens dans la rue contre le régime Bouteflika, ne faiblit pas. Ci-dessus, des images croquées dans les rues d’Alger, vendredi dernier.

C’est un autre appel du 18 juin. Mardi, les principaux partis d’opposition en Algérie ont annoncé la tenue d’« une première rencontre de dialogue et de concertation » la semaine prochaine afin de concrétiser rapidement le changement de régime politique réclamé par les Algériens depuis le 22 février.

Dans une lettre commune diffusée par les principaux médias au pays, les chefs de ces formations politiques ouvertement démocratiques, dont le Front des forces socialistes (FFS), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Mouvement démocratique et social (MDS), ont appelé à la libération d’une « dynamique politique » pour la « construction d’un État de droit et des libertés » et à une « véritable transition démocratique », quatre mois après le début d’une contestation populaire qui ne faiblit pas.

« Nous sommes devant une suite logique des événements », a dit mardi Nazih Cherouati, jeune informaticien qui a participé à la naissance du mouvement en février dernier et qui l’accompagne toujours. Le Devoir l’a joint par téléphone à Alger. « Désormais, il est temps de sortir de la politique du refus et d’entrer dans une nouvelle politique de solutions. Ce rassemblement est un bon début. »

Fausse transition

Les signataires dénoncent le manque d’écoute du gouvernement de transition en place depuis la chute d’Abdelaziz Bouteflika. « Il persévère obstinément dans le déni de la réalité et a fait le choix du pourrissement et de la manipulation », écrivent-ils en rappelant que l’Hirak, le mouvement populaire et pacifique qui chaque vendredi fait descendre des millions d’Algériens dans les rues, exige la fin du régime en place, le départ de toutes les figures qui l’incarnent et la construction d’une Algérie moderne et démocratique.

Impasse électorale

Dans un énième discours à la nation, l’actuel homme fort du pays, le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, a mis une nouvelle fois en garde ses opposants contre un « tunnel obscur » dans lequel un peuple réclamant la « fin du système » pourrait faire entrer l’Algérie par « la destruction des fondements de l’État ». Il a réitéré le besoin d’un dialogue dans « l’application des dispositions de la Constitution », que plusieurs Algériens rêvent toutefois de réécrire pour mettre en place un véritable État de droit.

Rappelons que le processus électoral amorcé par le départ de Bouteflika en avril dernier est toujours dans l’impasse. Le scrutin prévu le 4 juillet prochain a été reporté à une date indéterminée, sous la pression du peuple, faute de candidats suffisants et de partis correctement organisés. Or, selon la Constitution, le chef de l’État par intérim, Adbelkader Bensalah, doit remettre le pouvoir aux mains d’un président élu à compter du 9 juillet prochain.

« Le peuple ne veut plus des symboles du gouvernement, dit Nazih Cherouati. Mais pour déclencher des élections, il lui faut des candidats avec des programmes électoraux solides. C’est ce que ce rassemblement doit faire émerger. Une solution politique doit être trouvée pour porter les aspirations des Algériens et elle peut très bien se faire dans le cadre constitutionnel actuel. »

Pour commencer, les signataires de la lettre réclament surtout la « levée de toutes les entraves aux droits d’expression, de réunion et de manifestation », mais également la libération des « détenus d’opinion », dont Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) et figure historique de la mouvance démocrate en Algérie, accusée de « complot contre l’État ». Elle a été arrêtée il y a plus de 40 jours et doit comparaître mercredi devant un juge.