Église incendiée après l’arrestation d’un imam au Niger

Sur cette photo datant de juin 2015, une femme marche devant l'Église Évangélique Baptiste de Niamey, qui avait aussi été la proie d'émeutes antichrétiennes en janvier de la même année.
Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse Sur cette photo datant de juin 2015, une femme marche devant l'Église Évangélique Baptiste de Niamey, qui avait aussi été la proie d'émeutes antichrétiennes en janvier de la même année.

Une église a été incendiée dans la nuit de samedi à dimanche à Maradi, troisième ville du Niger, par des manifestants qui protestaient contre l’arrestation d’un imam influent, libéré dimanche, a-t-on appris de sources concordantes.

« Depuis deux heures du matin, on est restés éveillés, l’église de Zaria a été brûlée, la voiture du pasteur a été brûlée par des individus qu’on ne connaît pas », a affirmé un responsable de l’église dans un message adressé à ses paroissiens et transmis à l’AFP.

Une source sécuritaire locale a confirmé à l’AFP l’incendie.

« Quelques manifestants ont brûlé des pneus ce dimanche matin » et « les Forces de sécurité sont sur le terrain », a poursuivi cette source, assurant que « le calme » était revenu.

Des témoins ont raconté à l’AFP que « samedi en fin de soirée », des groupes de jeunes ont manifesté en posant des barricades sur la chaussée et en brûlant des vieux pneus.

Cheick Rayadoune, influent imam de la mosquée de Zaria, a été arrêté samedi par la police après avoir qualifié vendredi « d’anti-islam » un projet de loi du gouvernement sur « l’organisation de l’exercice du culte au Niger ».

Il a toutefois été « remis en liberté dimanche après-midi, il a reconnu son erreur et s’est excusé », a indiqué à l’AFP une source policière.

« J’ai été induit en erreur par ceux qui m’ont traduit [du français au haoussa] un texte censé être le document officiel », a déclaré Cheick Rayadoune dans un message peu avant sa libération.

Le projet de loi a été adopté fin avril en conseil des ministres, qui soulignait alors une « absence de normes » concernant « l’exercice du culte » sur fond d’un « développement de tendances religieuses fondamentalistes et extrémistes ».

Le texte doit être discuté au Parlement lundi en vue de son adoption. Il consacre « le droit de l’État de contrôler les sources de financement » pour « la construction et l’exploitation des lieux privés de cultes » qui seront « soumises à une autorisation préalable ».

Milieu volatil

Le Niger est un pays majoritairement musulman, avec 1 à 2 % de chrétiens sur une population de plus de 20 millions d’habitants.

Il a déjà connu des troubles religieux graves. Après la publication de caricatures du prophète Mahomet par le journal français Charlie Hebdo en 2015, des émeutes antichrétiennes avaient fait dix morts à Niamey et détruit la plupart des églises de la capitale et de Zinder, la deuxième ville du pays.

Sabo Bacthili, de l’Alliance des églises et missions évangéliques, a affirmé être en « colère » : « nous avons assez de ces amalgames. Chaque fois qu’il y a un problème, les gens accusent les Blancs, les juifs, les chrétiens, il faut que ça s’arrête. Il faut que les religieux musulmans arrêtent de diriger la haine contre l’Église ».

« On comprend […] que le gouvernement veut prendre des mesures pour réglementer le culte […] afin qu’on sache qui fait quoi et qui est responsable de quoi. J’ai lu la loi, je ne trouve rien qui puisse empêcher l’exercice d’une religion », a-t-il conclu.