Washington dépêche un émissaire au Soudan

Malgré la réouverture de certains magasins, beaucoup de résidents de Khartoum ont préféré rester chez eux en raison du déploiement massif de forces de sécurité, lourdement armées.
Photo: Agence France-Presse Malgré la réouverture de certains magasins, beaucoup de résidents de Khartoum ont préféré rester chez eux en raison du déploiement massif de forces de sécurité, lourdement armées.

Le département d’État américain a annoncé mercredi la nomination d’un émissaire spécial pour la crise au Soudan, l’ex-diplomate Donald Booth, qui avait déjà occupé ce poste, chargé d’accroître la pression sur les militaires au pouvoir afin qu’ils mettent fin à la répression.

L’émissaire tentera de trouver « une solution politique et pacifique » à la crise soudanaise, a déclaré Morgan Ortagus, porte-parole de la diplomatie américaine, indiquant que M. Booth était actuellement en route pour le Soudan avec le secrétaire d’État américain adjoint chargé de l’Afrique, Tibor Nagy, afin de « rencontrer les différentes parties ».

Donald Booth est un ancien diplomate américain qui connaît bien l’Afrique, où il a été ambassadeur dans plusieurs pays (Zambie, Liberia, Éthiopie) sous des gouvernements démocrates et républicains.

Il avait déjà été émissaire pour le Soudan et le Soudan du Sud. Nommé en 2013 par le président démocrate de l’époque, Barack Obama, il avait quitté ce poste à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump au début de 2017.

Pendant son précédent mandat, il avait multiplié les visites à Khartoum et avait présidé à une certaine amélioration dans les relations entre les États-Unis et le régime soudanais d’Omar el-Béchir, finalement renversé en avril par des militaires sous la pression de la rue.

Depuis, les généraux qui ont pris le pouvoir ont d’abord négocié avec les représentants de la contestation, qui exigent une transition dirigée par des civils.

Mais après la suspension du dialogue, le Conseil militaire de transition a nettement durci la répression des manifestants avec la dispersion sanglante le 3 juin d’un sit-in pacifique installé depuis le 6 avril devant le quartier général de l’armée.

Les États-Unis ont appelé à la fin de la répression, à la reprise du dialogue et au transfert du pouvoir aux civils. Le secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique, Tibor Nagy, doit se rendre prochainement à Khartoum pour renouveler ces demandes. Mais le gouvernement de Donald Trump subit l’objet de pressions pour se montrer plus ferme dans cette crise.

L’acteur américain George Clooney, très engagé concernant le Darfour et le Soudan, a exhorté mardi la communauté internationale, États-Unis en tête, à traquer l’argent sale provenant du Soudan dans l’espoir que les militaires au pouvoir changent de posture face aux manifestations.

Fin de la désobéissance civile

Par ailleurs, magasins et restaurants ont commencé à rouvrir mercredi à Khartoum. La contestation soudanaise a décidé de mettre fin au mouvement de désobéissance civile lancé après la répression meurtrière, afin de donner une chance à une reprise des pourparlers avec les généraux au pouvoir.

Malgré la réouverture de certains magasins, le fonctionnement des transports publics et l’appel de la contestation à reprendre le travail, beaucoup d’habitants semblent préférer rester chez eux en raison du déploiement toujours massif de forces de sécurité, lourdement armées.

Après trois jours de quasi-paralysie de la capitale, un représentant de la médiation éthiopienne a annoncé mardi que les deux camps avaient accepté de revenir prochainement à la table des négociations. Les pourparlers entre les deux camps avaient été suspendus le 20 mai, chaque partie voulant diriger la future instance censée mener la transition pendant trois ans.

Une campagne de désobéissance civile avait été lancée dimanche pour maintenir la pression sur les généraux au pouvoir.

Mardi soir, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné fermement les violences contre les civils et demandé qu’elles cessent immédiatement. Il a souligné l’importance du respect des droits de la personne et appelé à la reprise du dialogue.

Dur bilan

Selon un comité de médecins proche de la contestation, plus d’une centaine de personnes ont été tuées depuis le durcissement de la répression, qui a fait aussi plus de 500 blessés, la majorité dans la dispersion du sit-in. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par « tirs à balles réelles » à Khartoum.

Outre les États-Unis et les pays africains voisins, plusieurs pays arabes suivent de près la situation au Soudan.

Selon des experts, les Émirats arabes unis, l’Égypte et l’Arabie saoudite semblent soutenir les généraux, tandis que Washington plaide pour une transition menée par les civils.