Khartoum est privé de connexion Internet

Des forces paramilitaires soudanaises patrouillent les rues de Karthoum, le 10 juin 2019.
Photo: Agence France-Presse Des forces paramilitaires soudanaises patrouillent les rues de Karthoum, le 10 juin 2019.

Un chef rebelle soudanais a affirmé lundi avoir été expulsé vers le Soudan du Sud, au deuxième jour d’un mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation qui entend maintenir la pression sur les généraux au pouvoir à Khartoum malgré un durcissement de la répression.

Une semaine après la dispersion sanglante d’un sit-in installé par les manifestants le 6 avril devant le QG de l’armée dans la capitale et au lendemain d’une mise en garde de l’armée, le pays était lundi, selon le groupe de défense des droits numériques NetBlocks, « presque totalement » coupé du monde. Les lignes de connexion Internet terrestres ont été coupées à Khartoum, plongeant la capitale soudanaise dans un « trou noir » numérique. « C’est la première fois que Sudatel est presque totalement coupé dans le pays », a expliqué un porte-parole de Netblocks. « Depuis le début du soulèvement, nous avons observé des coupures partielles mais jamais d’une telle ampleur. »

La répression a fait, depuis le 3 juin, 118 morts et plus de 500 blessés, la majorité dans la dispersion du sit-in devant le siège de l’armée, d’après un comité de médecins proche de la contestation. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des « tirs à balles réelles » à Khartoum.

Dimanche soir, au bout de la première journée du mouvement de désobéissance civile, le Conseil militaire de transition a annoncé un « renforcement de la sécurité » afin de favoriser un « retour à la vie normale ».

Lundi, la majeure partie de la capitale restait déserte, même si davantage de circulation était visible par rapport à la veille.

Expulsion ou libération ?

D’autre part, des médias officiels ont annoncé la « libération » du dirigeant rebelle Yasser Arman, chef adjoint du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N), et de deux de ses camarades, Ismaïl Jalab et Moubarak Ardoul, interpellés en pleine répression de la contestation la semaine passée. Mais M. Arman a indiqué à un correspondant de l’AFP à Juba qu’ils avaient en fait été « expulsés » vers le Soudan du Sud et non pas « libérés ».

Le SPLM-N fait partie de l’Alliance pour la liberté et le changement, fer de lance du mouvement de contestation impliqué dans les négociations avec le Conseil militaire de transition, négociations suspendues depuis trois semaines.

La contestation réclame, depuis la chute du président Béchir, un transfert du pouvoir à un gouvernement civil. Les négociations sont suspendues depuis le 20 mai en raison de divergences sur la composition d’une nouvelle instance qui serait chargée de mener la transition pendant trois ans.