L’Union africaine suspend le Soudan

Au moins 108 personnes ont été tuées et plus de 500 blessées en trois jours, pour la plupart dans la dispersion brutale d’un «sit-in» devant le siège de l’armée le lundi 3 juin à Khartoum, capitale du Soudan.
Photo: Ebrahim Hamid Agence France-Presse Au moins 108 personnes ont été tuées et plus de 500 blessées en trois jours, pour la plupart dans la dispersion brutale d’un «sit-in» devant le siège de l’armée le lundi 3 juin à Khartoum, capitale du Soudan.

L’Union africaine (UA) a annoncé jeudi suspendre avec effet immédiat le Soudan de l’organisation panafricaine, jusqu’à la création d’une autorité civile de transition dans ce pays confronté à une escalade de la violence.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA (PSC) « imposera automatiquement des mesures punitives sur les individus et les entités qui ont empêché l’établissement d’une autorité civile », a précisé en conférence de presse le Sierra-Léonais Patrick Kapuwa, président en exercice du PSC.

Depuis le début de la crise au Soudan, l’UA plaide pour un transfert rapide du pouvoir des militaires aux civils et avait plusieurs fois menacé de suspendre ce pays de l’organisation.

Le 15 avril, après le renversement quatre jours plus tôt du président soudanais Omar el-Béchir par les militaires sous la pression d’un mouvement de contestation déclenché le 19 décembre, l’UA avait donné 15 jours pour que le pouvoir soit transféré aux civils.

Début mai, elle avait réitéré cet ultimatum en donnant un nouveau délai de 60 jours aux militaires pour remettre le pouvoir aux civils.

Les négociations entre la contestation et le Conseil militaire ont achoppé le 20 mai, chaque partie souhaitant prendre la tête de la transition prévue sur trois ans.

 
«Massacre»


Selon un comité de médecins proches de la contestation, au moins 108 personnes ont été tuées et plus de 500 blessées en trois jours, pour la plupart dans la dispersion brutale d’un sit-in devant le siège de l’armée lundi le 3 juin à Khartoum.

Cette opération, un « massacre » perpétré par des « milices » du Conseil militaire selon ce groupe de professionnels, a été vivement dénoncé par l’ONU, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, entre autres. Et, selon la même source, le bilan de cette répression pourrait encore grossir.

Le Conseil militaire a réfuté tout usage de la « force », évoquant une « opération de nettoyage » à proximité du rassemblement qui aurait mal tourné. Les autorités ont d’abord indiqué que l’opération n’aurait pas fait « plus de 46 morts », mais jeudi elles ont fait état de 61 morts.

Nouvel homme fort

A la tête de milices qui ont semé la terreur au Darfour, Mohammed Hamdan Daglo dit « Hemeidti », aujourd’hui numéro deux du Conseil militaire au pouvoir au Soudan depuis la chute d’Omar el-Béchir, est désormais un des hommes forts du pays.

Chef d’une petite milice de l’ouest du pays au début du conflit au Darfour, il a gravi les marches du pouvoir pendant cette guerre ethnique qui a démarré en 2003. Il finit par prendre la tête de certains groupes Janjawid, ex-milices parmi les tribus arabes chargées de la politique de la terre brûlée au Darfour et accusées de multiples exactions, qui ont valu à Omar el-Béchir deux mandats d’arrêts de la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes de guerre « et « crimes contre l’humanité », puis pour « génocide ».

Des centaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés plus tard, « Hemeidti » est aujourd’hui passé commandant de l’une des plus puissantes forces paramilitaires du Soudan, les redoutées RSF (Forces de soutien rapide). Ces sont ces forces qui sont accusées d’avoir étouffé lundi, dans le sang, le mouvement de protestation pacifique qui ébranle le régime depuis décembre 2018.