La violente dispersion du «sit-in» fait 30 morts à Khartoum

Lundi, des manifestants ont fait brûler des pneus pour barricader une rue de Khartoum, pendant que l’armée évacuait le «sit-in» installé devant son siège depuis le 6 avril.
Photo: Ashraf Shazly Agence France-Presse Lundi, des manifestants ont fait brûler des pneus pour barricader une rue de Khartoum, pendant que l’armée évacuait le «sit-in» installé devant son siège depuis le 6 avril.

La dispersion dans le sang d’un sit-in de manifestants par les militaires lundi à Khartoum a fait au moins 30 morts et des centaines de blessés, selon des médecins proches de la contestation, violences qui ont suscité des condamnations de la part de la communauté internationale.

Le Conseil militaire de transition a lui démenti toute « dispersion par la force » du sit-in. « Il n’y a plus rien à part les corps des martyrs que nous ne pouvons pas sortir », a avancé l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.

Dans son dernier bilan provisoire, le Comité central des médecins, proche de la contestation, dénombre « plus de 30 morts » et « des centaines de blessés ».

L’organisation a évoqué des « difficultés à comptabiliser le nombre réel de morts à cause de l’encerclement des hôpitaux » par les forces de sécurité. « Des médecins ont été frappés et arrêtés », selon elle.

En réaction, l’Association des professionnels soudanais (SPA), acteur clé de l’ALC, a appelé la population à sortir mardi, jour, selon elle, de l’eid el-Fitr, fête de la fin du ramadan, pour « prier pour les martyrs » et pour « manifester pacifiquement » après la prière. La date officielle de l’eid el-Fitr a néanmoins été fixée au mercredi 5 juin, selon l’agence de presse Suna.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a condamné lundi l’usage excessif de la force par les autorités soudanaises et a appelé à une enquête indépendante.

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campaient devant le siège de l’armée, appelant les militaires à renverser le président Omar el-Béchir. Depuis l’éviction du président par l’armée le 11 avril, les manifestants exigent un pouvoir civil et le départ des généraux. Les rues de Khartoum étaient calmes lundi soir.

Démonstration de force

Dans l’après-midi, de nombreux paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) ont été déployés le long des principales routes de Khartoum. Circulant en camionnettes, lourdement armés, ils surveillaient les entrées des ponts sur le Nil. À l’aube, des tirs provenant du lieu du sit-in ont été entendus par un journaliste de l’AFP, qui avait fait état d’un déploiement important des forces de sécurité dans les rues de la capitale.

La SPA a annoncé dans un communiqué « une tentative du Conseil militaire de faire disperser le sit-in par la force », ce qu’a démenti le général Chamseddine Kabbashi du Conseil militaire, à la chaîne de télévision Sky News Arabia. Les forces armées et des RSF ont mené « une opération conjointe pour nettoyer certains sites » près du sit-in, a déclaré le Conseil militaire dans un communiqué publié en fin d’après-midi, pointant des « activités illégales » sur ces lieux.

Il a assuré que les RSF comme les forces régulières étaient « ralliées à la volonté de changement » des manifestants, appelant à la reprise des négociations.

Le Conseil militaire avait récemment dénoncé des débordements autour du sit-in, les qualifiant de « menace pour la sécurité », et promis d’agir « avec détermination ». La SPA l’avait accusé « de s’employer à disperser le sit-in pacifique ».

L’ALC a annoncé lundi interrompre « tout contact politique » avec le Conseil militaire. Elle a appelé à « la grève et à la désobéissance civile totale et indéfinie » pour « renverser le régime ». Les relations entre les deux camps se sont tendues à la suite de l’échec le 20 mai des négociations, chaque partie souhaitant diriger la transition post-Béchir.

Selon le Comité central des médecins soudanais, les forces de l’ordre ont par ailleurs tiré à l’intérieur de l’hôpital Charq al-Nil, près de Khartoum.

Juchés sur leurs camionnettes, plusieurs hommes en uniformes des RSF encerclaient aussi le Royal Care Hospital dans la capitale, où des dizaines de blessés étaient pris en charge dans le hall.

Le Comité des médecins a demandé le « soutien urgent » d’organisations internationales. En réaction à la dispersion du sit-in, l’ALC a appelé dans un communiqué à des « marches pacifiques ».