Le ramadan n’a pas affaibli le mouvement en Algérie

Les participants à ces marches hebdomadaires ont réitéré leur intention, ramadan ou pas, de descendre dans la rue chaque vendredi jusqu’à la destitution complète du régime.
Photo: Anis Belghoul Associated Press Les participants à ces marches hebdomadaires ont réitéré leur intention, ramadan ou pas, de descendre dans la rue chaque vendredi jusqu’à la destitution complète du régime.

La chaleur et le jeûne n’ont finalement pas ramolli le mouvement de contestation populaire en Algérie, qui s’est maintenu dans une intensité similaire à celles des dernières semaines, à l’occasion de ce premier vendredi du ramadan, ont indiqué plusieurs personnes sur place contactées par Le Devoir. En après-midi, des milliers d’Algériens ont ainsi déjoué les prévisions d’affaiblissement de cette révolution dite des sourires en investissant, comme ils le font depuis le 22 février, les rues d’Alger après la grande prière du vendredi, afin de réclamer les départs des figures de l’ancien régime d’Abdelaziz Bouteflika.

« C’est une grande surprise, résume à l’autre bout du fil Khaled Drareni, journaliste et fondateur de la Casbah Tribune, qui a une fois de plus témoigné de la vigueur du mouvement sur les réseaux sociaux vendredi. Les premiers manifestants sont arrivés tôt le matin à la Grande Poste [un des épicentres de la contestation] pour être rejoints par la suite dans l’après-midi par des milliers d’autres. » D’ordinaire, les Algériens qui font le ramadan réduisent leurs activités le jour entre le lever et le coucher du soleil, particulièrement le vendredi, une journée pieuse consacrée à la prière.


Nouvelle cible

Dans les dernières semaines, les participants à ces marches hebdomadaires ont réitéré leur intention, ramadan ou pas, de descendre dans la rue chaque vendredi jusqu’à la destitution complète de l’ensemble des figures du pouvoir liées à l’ex-président. Lors de ce douzième vendredi, leur voix s’est intensifiée pour réclamer le départ du chef de l’état-major et actuel gardien du pouvoir, Ahmed Gaïd Salah. « C’est la grande nouveauté de cette journée, assure M. Drareni. Le chef de l’armée est devenu pour la première fois la cible unique des manifestants. »

Le mouvement populaire s’oppose également à la tenue du scrutin présidentiel, prévu le 4 juillet, et favorise plutôt l’adoption d’un nouveau cadre constitutionnel pour placer l’Algérie sur la voie d’un réel régime démocratique.

À ce jour, l’Hirak a fait tomber l’ex-président Bouteflika, mais également, à la surprise générale, Saïd Bouteflika, qui dans l’ombre de son frère affligé par un AVC depuis 2013 tenait les cordes du pouvoir. Le général Mohamed Mediène, dit Toufik, ex-patron des puissants services de renseignement algérien, a également été arrêté et accusé de complot contre l’État. Malgré la montée de l’opposition populaire, les deux hommes continuaient à faire la pluie et le beau temps dans les arcanes du pouvoir.

Dans les rues d’Alger, la population dit qu’elle va maintenir la pression tant que Ahmed Gaïd Salah, chef de l’état-major, Nourredine Bedoui, actuel premier ministre et ex-ministre de la Défense, Abdelkader Bensalah, chef de l’État par intérim, et Mouad Bouchareb, président de l’Assemblée populaire nationale (APN), ne connaîtront pas le même sort.